Rouge vif / Alan Mabden

Dylan observait toutes ces têtes penchées vers le silence, ces âmes presque sans. Il leur ressemblait trop depuis toutes ces années à attendre, comme eux, la décision, celle qui change une vie de terne cerveau en clairs lendemains.
Le bus déposa sa routinière cargaison pour se remplir d’une nouvelle. La place de la gare arborait sa sublime propagande aux sourires et attitudes racoleuses. Dylan les regardait d’un œil malicieux et avisé. Il ne tomberait plus dans ce piège d’or qui vous emprisonne pour des années de plomb dans des tours d’argent.

C’était le dernier train. Pas celui de la journée, plutôt celui du toujours.
Derrière la vitre, il regardait les monstres de pierre et d’acier défiler, toutes ces fenêtres allumées ou pensaient vivre des gens, devant des lumières bleutées d’artifices. Pourquoi était-ce si difficile de partir? Le confort est une main qui vous retient. La peur en est une autre. Mais était-ce si…?
Et puis m….. ne plus rien penser. Juste laisser le voyage commencer et l’imaginaire arriver…

…Le jour s’était enfin levé. Il avait quitté le bruit et la fureur. Devant lui une magnifique vallée telle qu’il l’avait toujours rêvée, intacte, vierge de toute habitation ou empreinte humaine. La rivière était à portée de quelques chemins. Seuls quelques oiseaux ponctuaient une symphonie d’eau et de feuilles bruissantes.
Il se posait là, assis en lotus et pendant de longues minutes déposait la boue qui troublait sa vue au fond de son visage de verre. Il fit le silence dans cette sphère rigide qui cernait sa pensée. Il sentait son mental s’apaiser, se liquéfier. C’est alors qu’il le vit, dans cette eau devenu pure, celui qui tournait en rond dans sa tête depuis des années.
Il était triste comme lui, avec ses yeux glauques de parfait abruti. Lui, le parfait hamster en milieu aquatique. Le turn over and over dose. Il voulait quitter sa prison de bocal pour toujours, le…
poisson rouge. Il cognait contre la vitre. sentait sa nature profonde l’appeler vers sa destinée, vers ce qu’il n’aurait jamais du quitter si…
…Des imbéciles ne l’avaient pas capturé, des gens que l’on nomme personne, oui personne, juste bien sage et dodo.
C’est alors que Dylan lui fit ce cadeau. Il s’approchait du bord et s’allongeait au dessus du flot déversant l’eau éclaircie de son crâne dans le ruisseau. A sa surprise, il vit la petite bestiole s’affoler au bord du verre cerclé. La peur de tomber, la peur de l’inconnu. Pourtant ses yeux brillaient comme jamais. Il avait pourtant envie de…
Grâce au dernier coup de tête de son robot d’humain , il glissait d’un trait dans l’eau claire. Dylan le vit d’abord paniquer, puis se figer, ne sachant que faire, tournant en rond et en rond et en rond, trop habitué à ses esclaves habitudes. Dans le même temps, Dylan sentait son cœur se serrer puis gonfler pour remplir son thorax de verre. Il étouffait. La pression était devenue insupportable. Soudain son buste et le vernis de son visage éclataient en mille morceaux. Son corps s’était libéré d’un carcan. Sa peau cependant saignait abondamment du fait de multiples micro coupures. Elle était devenue rouge, ce qui fit sourire le … petit poisson. Dylan avait enlevé tous ses vêtements. Cela fit encore plus rougir le carassin.
Le sang ruisselait sur son torse, le long de ses jambes. Il tremblait.
Pendant ce temps, Red fish s’agitait. Il émettait des bulles, tentait d’émettre des sons. Ces sphères de légèreté atteignirent l’homme vermillon qui l’incitèrent à plonger lui aussi. Ce qu’il fit.
Mais une fois dans l’eau , il fut pris d’un malaise et ne contrôlait plus sa respiration. La panique l’envahissait. Il sentit l’air envahir ses poumons et perdit brusquement connaissance…

Puis, soudain…, une lumière. Il reprit vie.
Dylan se réveillait brusquement en criant.
Il venait de faire un rêve qui s’était transformé en cauchemar.

Face à lui dans le carré du train de nuit, une jeune femme était morte de rire.
Elle portait une jolie robe rouge.

©Alan Mabden , le vendredi 16 Décembre 2022, tous droits réservés

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