Ecologie et métaux rares /Aurore Stéphant

Ingénieure géologue minier, spécialisée dans les risques environnementaux et sanitaires des filières minérales. Elle est en ce domaine une vraie référence. Je l’ai entendue pour la première fois sur la chaine Thinkerview (ci-dessous) et j’ai appris beaucoup de choses que je ne connaissais pas. Cette femme m’a ouvert les yeux et j’ai du revoir quelques idées, fantasmes sur l’écologie « matérialiste » actuelle et sur la transition énergétique! Cela n’affecte pas mes convictions mais les renforcent en faveur d’une « véritable » écologie, de valeurs, de priorités ou d’innovations qu’il reste à affiner et à définir rapidement dans les proches années.

Aurore nous donne ses explications et les pistes à suivre pour arrêter ce carnage écologique minier dans les vidéos que je vous joins. Pour faire connaissance avec la dame passionnée et percutante et ses solides arguments, je vous conseille vivement de regarder cette première vidéo (15mn maxi) très bien réalisée par « l’ADN »:

Notre société « moderne » consomme vraiment trop de métaux dits « précieux », « rares » ou « lourds », extrêmement difficiles à extraire pour de très faibles quantités et la pollution engendrée par ce processus de transformation de la matière brute est phénoménale :

La croissance minérale


Les matières premières minérales ont depuis toujours accompagné le développement de nos sociétés. À chaque « révolution industrielle », ses métaux ; avec, schématiquement, des couples ressources/technologies associés :

Charbon/machine à vapeur, acier/sidérurgie et chemin de fer, uranium/nucléaire, « petits métaux »/ électronique…

Depuis plusieurs siècles, on utilise des quantités croissantes (quantitativement et qualitativement) de matières premières minérales. Cependant cette demande explose depuis quelques décennies.

D’après un rapport de l’UNEP de 2013, entre 1980 à 2008, la demande en métaux aurait augmenté de +87% (jusqu’à plus de 6 milliards de tonnes) et les tendances futures promettraient des augmentations entre +300% et +900%. En parallèle, on utilise de plus en plus de métaux dans un même objet ou produit (multiplication par 3 entre 1970 et 2000, passant de 20 à 60 métaux en moyenne, par application industrielle). A titre d’exemple, on retrouve entre 50 et 70 substances minérales dans un téléphone ou une voiture électrique (on y retrouve quasiment l’intégralité du tableau de Mendeleïev !). Source / SystExt : https://www.systext.org/node/1568

La face cachée de la transition énergétique

En 2017, la Banque Mondiale a publié un rapport expliquant que pour assurer une limitation du réchauffement climatique à 2°C (Accords de Paris), il faudra augmenter de 44 % l’utilisation des énergies renouvelables. Ce changement passe, toujours selon la Banque Mondiale, par une intensification majeure de l’exploitation minière.

Afin d’assurer la construction de « suffisamment » d’éoliennes, de panneaux solaires, etc. la production de 12 substances minérales devrait être augmentée de 250 % à 300 %. Le rapport ne fait pas mention des terres rares ou autres petits métaux – dont la presse s’empare depuis quelques temps – mais de métaux dits « de base » tels que le fer, le plomb, le zinc, le cuivre ou encore l’aluminium.

Vers de nouveaux compromis, priorités et innovations

Il faudra donc aller de plus en plus vers de l’efficacité et de sobriété énergétique. Le tout électrique (particulièrement la voiture électrique actuelle / voire vidéo Thinkerview plus bas) est donc un fantasme et même une vision suicidaire pour l’ensemble de la société dans l’état actuel de nos connaissances.

Il y aura des priorités et des compromis à faire. Nous avons besoin, par exemple, de ces petits métaux rares pour la fabrication des ampoules LED qui nous sont indispensables pour un éclairage beaucoup moins énergivore à l’utilisation, mais il n’est pas nécessaire d’éclairer partout et tout le temps. Acheter des bijoux en Or ou se brosser les dents à l’électrique ne sont pas indispensables…

Je vous joins un mix de solutions possibles. les premières (souvent proposées par Aurore Stéphant) sont collectées sur des sites. les deux dernières sont mes propositions

Les pistes possibles

Diminuer drastiquement la consommation métallique dans tous les secteurs. Là où le métal n’est pas indispensable, on n’en met plus.

Arrêter le gaspillage métallique, insupportable quand on connaît les impacts de la mine.

Arrêter de croire que l’avenir c’est la dématérialisation. Le numérique a une matérialité, avec des impacts majeurs. Plus vous aurez d’écrans et d’appareils numériques, d’objets connectés ou automatisés, plus vous aurez des datacenters et plus il y aura d’amoncellements de déchets miniers et d’eaux contaminées cachés derrière.

Créer des produits durables et pensés pour être réparés

Réparer, notament l’électroménager, les produits numériques.

Recycler quand c’est plus réparable. Construire des usines de recyclage efficaces en France et dans le monde. Les métaux recyclés seraient largement compétitifs par rapport aux métaux issus de l’extraction si les opérateurs miniers payaient le coût social et environnemental exorbitantde leur activité. Mais le recyclage est quasiment impossible quand les métaux sont utilisés de manière dispersive, comme dans l’électronique. Il ne suffirait pas à satisfaire la demande exponentielle.

Utiliser du transport collectif et/ou partagé au lieu de la voiture individuelle

Renforcer la sobriété énergétique, l’isolation, les performances énergétiques passives des batiments (conception bioclimatique) afin de diminuer la quantité d’énergie à produire et donc le nombre de panneaux solaires et d’éoliennes et donc de métaux.

Construire des batiments en ossature bois (issu de forêt gérée) (comme au canada)

Décentraliser l’énergie en produisant local. Cela permettrait de recycler à terme les pylones à haute tension et la quantité phénoménale de matériaux conducteurs présents dans ces gros cables).

Des panneaux solaires (recyclables en France à hauteur de 98%) installés sur le toit des bureaux, entreprises, écoles, hopitaux,… permettraient en journée de satisfaire les besoins énergétiques de la majorité des activités. Le surplus produit par le solaire les mois d’été pourrait produire de l’hydrogène (nombreuses études et solutions existantes à ce sujet), stockable et réutilisable via pile à combustible pour nos besoins nocturnes, en temps couvert ou l’hiver. Ce stockage fait l’objet de nombreuse études très prometteuses (nanocornets de carbone)

Innover en matière énergétique avec de nouveaux matériaux facilement extractables et abondants sur la planète. Le carbone est le matériau le plus abondant sur la planète. Le graphène (à partir du graphite-une des formes cristallines de l’élément carbone-) semble un matériau prometteur aux multiples débouchés. Ses caractéristiques extraordinaires (Utra léger, épaisseur monoatomique, transparent, 100 fois plus résistant que l’acier, plus conducteur que le cuivre, très bon conducteur thermique) permettent d’envisager de nombreuses applications.

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