Histoire d’eau (1) / Néolitique, Antiquité

Nouveau « dossier » Pigraï’Flair/ la culture a du sens. La problématique actuelle de l’eau due au réchauffement climatique et ses conséquences possibles pour les mois et les années à venir (sécheresse & inondations) ne doit nous faire oublier que depuis longtemps les humains ont dû gérer le manque d’eau, particulièrement au Proche Orient où les premiers puits, canaux d’irrigation, digues ont été inventés dans un climat déjà très hostile aux hommes. Je vous propose de revisiter l’histoire de l’eau depuis le néolithique jusqu’à nos jours. Dans cette dernière partie qui nous concerne directement aujourd’hui, j’aborderai les solutions envisagées pour faire face à ce futur défi pour l’humanité toute entière.

N’hésitez pas à partager ce dossier, c’est fait pour ça. Bonne lecture,

Alan Mabden

C’est d’abord auprès des grands fleuves, que se sont développées les grandes civilisations, l’eau étant en effet une ressource primordiale à la survie de l’homme.

Entre l’an 12.500 et l’an 7.500 avant J.C, de petites communautés humaines commencent à se grouper dans des villages permanents qu’ils construisent à des carrefours de commerce importants ou près des lacs, comme ici sur les bords du lac de Constance. Ce site est habité de 4 300 à 800 avant J.‑C. Le lac fournit aux habitants de la nourriture (pêche) et l’eau nécessaire à leurs activités. Les maisons sont construites sur pilotis.. Elles développent l’agriculture en complément de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Elles pratiquent ensuite l’élevage et enfin cultivent les arts du feu, notamment la poterie et la métallurgie du bronze.
Les hommes cessent d’être seulement des prédateurs qui puisent leur subsistance dans la nature.
À cette époque , les humains ont aussi creusé les premiers puits d’eau permanents d’où les navires pouvaient être remplis et le précieux liquide acheminé par des porteurs d’eau. La taille des établissements humains dépendait en grande partie de l’eau disponible à proximité.

Les premiers puits

Les deux puits les plus anciens découverts dans le monde l’ont été a Chypre et ont marqué le debut du phénomène de domestication : il semblerait que les hommes ont cherché differents moyens de préserver leur eau potable de la pollution possible résultant des animaux qu’ils élevaient. Ils ont cherché à conserver leur eau à des endroits qui leurs étaient inaccessibles.

Les puits avaient un intérêt important : leur forage donnait accès a une eau toujours accessible, non dépendante des sources et des rivières.

Les archeologues estiment que ce puits découvert
dans la vallée de Jezreel aurait ete construit il y a 6500 ans.

« Le puits qui a été découvert dans la vallée de Jezreel nous apprend beaucoup sur l’étonnante capacité de forage des habitants de ce site antique », declare Tepper (Yotam Tepper, le responsable des fouilles pour l’autorite israelienne),  » et sur le savoir important qu’ils avaient dans le domaine de l’hydrologie et de la géologie de leur environnement, ce qui leur a permis de forer ce puits dans la roche calcaire jusqu’au niveau de la nappe phréatique. Il ne fait aucun doute que le forage de ce puits a été le fruit des efforts communs de toute la communaute et qu’il a duré un bon moment ».

Premiers canaux d’irrigation en Mésopotamie

Les mésopotamiens ont créé le premier système d’irrigation vers 7000 av. JC. Le développement du système d’irrigation en Mésopotamie, qui correspond pour sa plus grande part à l’Irak actuel, a été l’un des principaux chemins vers la civilisation et la modernisation.

Cette invention avait comme but de protéger la Mésopotamie et d’autres civilisations antiques de la menace d’inondations. L’eau des inondations a été bloquée grâce à ce système et conservée dans de grands bassins pour qu’elle puisse être utilisée dans l’irrigation. Les principales sources d’eau de ce système d’irrigation étaient les fleuves Euphrate et Tigre.

Les systèmes d’irrigation de la Mésopotamie, contrairement aux systèmes d’irrigation modernes, comportaient des éléments majeurs tels que les canaux, les fossés, les digues et les portes. Grâce à ce système, les précipitations d’eau dans la région montagneuse du nord ont été utilisées dans le sud pour les terres arables, qui peuvent être labourées ou cultivées.

Le Chadouf

Le chadouf (ou shadouf)

Le chadouf (ou shadouf) est un appareil à bascule servant à puiser l’eau d’un puits, d’un point d’eau ou d’un cours d’eau. Il est employé en zone d’agriculture irriguée.

Il s’agissait d’un balancier permettant de remonter l’eau du niveau du fleuve jusqu’à un canal un peu plus haut.

Le chadouf apparaît en Mésopotamie dès le IIIe millénaire avant notre ère. Il est ensuite employé en Égypte à partir du Nouvel Empire, vers -1500 après un changement climatique à la fin de l’Ancien Empire

Les premiers barrages

Le plus ancien barrage connu à ce jour (3200 avant J.C) est un barrage de type poids situé près de Jawa, en Jordanie. D’après l’historien grec Hérodote, un autre barrage aurait été construit en Egypte par le pharaon Ménès, à Kosheish, pour irriguer les cultures et alimenter en eau potable la population de la ville de Memphis. En dérivant et endiguant le Nil, ce barrage protégeait la ville des inondations dues à ses crues régulières. Cet ouvrage de 115 mètres aurait été construit vers 3000 av. J.-C.

Aqueduc de Petra en Jordanie

La canalisation du fleuve jaune (Huáng hé) en Chine sous la dynastie Xia

Sous la dynastie des Tang, le poète Li Bai célébrait l’immensité des flots du fleuve Jaune.

Il y a 30 millions d’années, les anciens Chinois ont commencé à vivre au bord du fleuve Jaune, « rivière mère » ou « berceau de l’ancienne civilisation chinoise ». C’est la région la plus prospère de l’histoire chinoise primitive. Il y a six mille ans, en tant que représentant de la culture matriarcale, le clan de Banpo vivait sur la terre de loess de la Chine du Nord.

L’histoire enregistrée de la civilisation chinoise commence sur les rives du fleuve Jaune avec la dynastie Xia, qui a duré de 2100 à 1600 avant notre ère. Selon les « Records of the Grand Historian » de Sima Qian et le « Classic of Rites », un certain nombre de tribus différentes se sont unies à l’origine dans le royaume Xia afin de lutter contre les inondations dévastatrices sur la rivière. Lorsqu’une série de brise-lames n’a pas réussi à arrêter l’inondation, les Xia ont plutôt creusé une série de canaux pour canaliser l’excès d’eau vers la campagne, puis vers la mer.

Pour en savoir plus voir l’excellent article de greelane.com https://www.greelane.com/fr/sciences-humaines/histoire-et-culture/yellow-river-in-chinas-history-195222/

Aujourd’hui le fleuve Jaune (Huanghe), que l’on a connu large de plusieurs kilomètres, s’est rétréci par endroits à une centaine de mètres. Sécheresse récurrente, désertification, fragilité des digues : le fleuve Jaune dépérit. Si une grande inondation survenait, elle menacerait un tiers du territoire chinois.

Les jardins suspendus de BABYLONE

Les jardins suspendus de Babylone selon la tradition étaient l’œuvre du roi Nabuchodonosor II (règne de 605 à 561 avant J.-C.), constituent une véritable énigme.

Les jardins suspendus, écrivait Philon (ingénieur grec Philon an 225 avant J.-C), étaient disposés sur une grande plateforme de palmiers soutenue par des colonnes de pierre. Les troncs de palmiers sont placés les uns à côté des autres en guise de poutres et sont recouverts de terre. On y trouve toutes sortes d’arbres et de fleurs. Outre leur aspect suspendu, la nature exceptionnelle des jardins résidait dans la grande variété qu’on y trouvait

« Luxueuse et royale, cette œuvre d’art force surtout la nature en ceci : suspendre l’exercice de l’agriculture au-dessus de la tête de ceux qui la contemplent »…Des fleurs de tous genres parsèment les jardins. Tout ce qu’il y a de plus charmant, de plus agréable et de plus ravissant s’offre à nos yeux… L’eau, recueillie en hauteur dans de grands conteneurs, arrose tout le jardin. » (ingénieur grec Philon an 225 avant J.-C)

Les grecs inventent le siphon (σίφων)

Le mot siphon vient du grec σίφων signifiant tube. Un siphon est un tuyau servant à transvaser des liquides selon le principe des vases communicants.

Les aqueducs romains

Bien des années plus tard, vers -300, les romains construisirent de nombreux aqueducs. En 100 après JC, on dénombrait 9 aqueducs arrivant à Rome, ce qui permettait l’apport de 1 m3 d’eau par jour et par habitant. En comparaison, il faudra attendre le XIXème siècle pour que Paris est autant d’eau par habitant !
Les trois priorités à Rome étaient les fontaines les thermes et les usages privés.

L’historien Denys d’Halicarnasse considérait que « l’extraordinaire grandeur de l’Empire romain se manifestait avant tout à travers trois éléments : les aqueducs, les routes pavées et le réseau des égouts ». Il est vrai qu’il y a une incroyable ingéniosité des architectes de l’époque. On pense à l’un des plus célèbres, le PONT du GARD.

Les historiens considèrent aujourd’hui que la disponibilité en eau par habitant était près de deux fois plus importante à l’époque qu’aujourd’hui. Il faut en effet s’imaginer qu’à son apogée, Rome comptait près de 1300 fontaines publiques dont 15 monumentales, environ 900 piscines, 11 thermes publics et plusieurs lacs artificiels.

Rome préfigurera un monde centré sur l’abondance et l’organisation autour de grandes cités. les humains allaient s’entasser dans des villes de plus en plus grandes, avec de plus en plus d’activité, de pollution, d’eau usées à gérer. Ce sera l’objet de notre deuxième volet.

Pour en savoir plus :

2 commentaires

  1. J’ai toujours été fasciné par les jardins suspendus de Babylone… et malgré les nombreuses descriptions et illustrations, je n’arrive pas a vraiment prendre la pleine teneur de cette merveille.
    Et les aqueducs, incroyable ce que l’homme pouvait et peut faire…
    Quel article ! Merci beaucoup !

    Aimé par 1 personne

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