Rachel Carson / Le printemps silencieux de l’écologie

Biologiste marine, environnementaliste et écrivaine américaine, Rachel Carson (1907 – 1964) a été l’une des premières voix à alerter sur les dangers de l’usage excessif des pesticides et du DDT en particulier. Nous devons beaucoup à cette femme considérée comme la mère du mouvement pour l’écologie. Quand je vois son parcours, je suis impressionné par le combat d’une femme seule contre les lobbys et les conservateurs américains, par sa capacité de soutien envers sa famille et aussi par son talent d’écriture, son enthousiasme, sa capacité à réorienter notre sens de l’émerveillement vers l’extérieur, vers cette beauté qui existe et qui peut continuer à exister longtemps après la fin de nos vies. Elle nous apprend à aimer davantage notre monde partagé et nous invite à devenir un membre moral de la communauté écologique. Carson nous rappelle de lever les yeux, d’aller dehors et de vraiment voir ce qui se cache au-delà de nous-mêmes.

Alan Mabden / PigraïFlair – La culture a du sens / Samedi 7 Mai 2022

Le 27 septembre 1962, elle publie Printemps silencieux (Silent Spring). Le titre fait référence à un monde où les oiseaux, disparus, ne chanteraient plus l’arrivée du printemps.

1962 / Le printemps silencieux

Silent String / 1962

Rachel Carson démontre le rôle des pesticides dans la hausse de mortalité des oiseaux et dans leurs problèmes de reproduction et élargit son hypothèque à l’homme.

Le livre de Rachel devient un best seller et va largement contribuer à sensibiliser le grand public aux dangers de la pollution environnementale et notamment aux pesticides. C’est aussi l’essai d’une écologue et d’une vulgarisatrice hors pair. En étudiant l’impact des pesticides sur le monde vivant, du sol aux rivières, des plantes aux animaux, et jusqu’à nos cellules et notre ADN, ce livre constitue l’exposition limpide d’une vision écologique du monde.


Etendage de DDT devant des enfants dans l’amérique des années 50

Dans sa ligne de mire notamment le DDT, un insecticide largement développé après la seconde guerre mondiale en agriculture mais aussi dans les domaines civils et militaires. Dans son livre, Rachel compile de très nombreuses études de spécialistes de la santé mais aussi de la faune sauvage. Elle met en avant les interactions présentes dans le monde vivant et notamment le phénomène d’accumulation des produits chimiques dans la chaîne alimentaire.

Comme elle accuse aussi dans son livre l’industrie chimique de désinformer la population et les autorités de les laisser faire, Rachel Carson fut une cible à la fois pour les industriels mais aussi pour tous les conservateurs américains. Fanatique, sensible, trompeuse, elle fut accusée de nombreux maux. On la menaça de procès et on voulut lui faire porter le chapeau des victimes de la malaria, maladie transmise par le moustique.

Le livre est inattaquable sur le plan scientifique ; malheureusement, l’industrie des pesticides étant devenue très puissante. Monsanto commence une campagne de désinformation et de disqualification de Rachel Carson aux États-Unis. On la dit lesbienne, on la soupçonne d’avoir une motivation politique et on va la traiter publiquement d’agent du K.G.B. En France aussi
Il y a une levée de boucliers énorme de tous les milieux lobbyistes contre Rachel Carson alors que dans cette édition française de 1963, il y a une préface rédigée par Roger Heim qui est directeur du Muséum National d’histoire naturelle et président de l’académie des sciences.

Même après sa mort, elle continue d’être attaquée régulièrement. L’administration Reagan (1981-1989), dans ses tentatives d’abroger de nombreuses réformes environnementales, lui reprocha d’avoir freiner le développement de l’agriculture en créant des restrictions d’utilisation des pesticides.

Carson nous rappelle de lever les yeux, d’aller dehors et de vraiment voir ce qui se cache au-delà de nous-mêmes. Si nous réorientons notre sens de l’émerveillement vers l’extérieur, et non vers notre propre ingéniosité, nous pourrions résister au pire de nos pulsions narcissiques; nous pourrions tomber amoureux de la beauté qui l’entoure et arriver à la réalisation révolutionnaire que le pouvoir et le profit des progrès scientifiques et technologiques ne valent ni le sacrifice de l’humanité ni la Terre. Nous pourrions récupérer un peu d’enchantement, en nous ouvrant à la stupéfaction radicale du fait que tout cela existe et que quelque chose continuera à exister longtemps après la fin de nos vies. En apprenant, comme le faisait Carson, à devenir un membre moral de la communauté écologique, nous pourrions habiter et aimer davantage notre monde partagé, en nouant de nouveaux liens avec tous et avec tout ce qui existe autour de nous, malgré nos différences. Comme ce serait merveilleux. Jennifer StittAeon https://www.touteslesgourdes.com

La mer autour de nous

« Il est étrange de penser que la vie a surgi de la mer, et que la mer est désormais menacée par l’une des formes de cette vie. Mais la mer, même si elle est entraînée dans une évolution désastreuse, continuera à exister ; la menace porte plutôt sur la vie elle-même. » – Rachel Carson

« À travers les années, lʼénergie du livre est demeurée intacte : la flamme qui lʼhabite, le souffle puissant et évocateur, lʼenthousiasme contagieux que Carson parvient à transmettre ligne après ligne, la joie à vivre au plus près de lʼocéan. Lʼémotion dʼun lever de lune sur la mer, la charge dʼune cavalerie de dauphins… La puissance du verbe prolonge et accomplit la raison scientifique » Stéphane Durand, co-scénariste du film Océans

Bio

Illustration RACHEL IGNOTOFSKY

Persévérante, brillante, scientifique de renom et écrivaine de talent, Rachel Carson a eu une carrière professionnelle des plus remarquables. Marquée régulièrement par des drames familiaux, elle se montra volontiers solitaire, tout en restant un véritable pilier pour sa famille. Elle méritait qu’on mette aujourd’hui son travail en avant et que chacun de notre côté, nous nous souvenions d’elle.

Elle reçut à titre posthume la médaille de la liberté, plus haute distinction civile américaine, en 1980, en reconnaissance de son rôle important dans le mouvement écologiste. En 1991, un prix Rachel Carson est créé en Norvège pour récompenser les femmes qui oeuvrent pour la protection de l’Environnement.


Rachel Carson naît dans la ferme familiale le 27 mai 1907 à Springdale, près de Pittsburg dans l’état américain de Pennsylvanie. Fille de Maria Frazier et de Robert Warden Carson, vendeur d’assurances, cette petite fille curieuse et passionnée de nature emploie souvent ses heures de liberté à explorer et observer les environs de la ferme, notamment champs et forêts. Sa famille est très modeste et elle grandit aux côtés d’un frère et d’une sœur. Encouragée par sa mère, elle se passionne très tôt pour la nature. Tout l’intéresse : les insectes, les oiseaux, les milieux naturels…

Lectrice assidue, elle se met à écrire dès ses 8 ans, souvent sur le thème des animaux. Elle s’inspire de Beatrix Potter, l’autrice des aventures de Pierre Lapin, ou de Robert Louis Stevenson, l’auteur de L’île au trésor. A dix ans, l’une de ses nouvelles est publiée dans le St. Nicholas Magazine

Elle termine première de sa promotion à la sortie du lycée. Rachel s’inscrit alors à l’université pour femmes de Pennsylvanie (aujourd’hui la Chatham University) grâce à une bourse d’étude. A cette époque, rare sont les femmes à poursuivre des études supérieures, et encore moins pour devenir écrivaine.

Rapidement, Rachel Carson change ses plans et opte pour des études de biologie marine. Elle obtient sa licence en 1929 avec les honneurs. A 22 ans, elle ne souhaite pas être un poids pour sa famille. Elle poursuit sa maîtrise en zoologie à l’université John Hopkins mais celle-ci coûte extrêmement chère. Qu’à cela ne tienne, elle travaille en parallèle comme assistante de laboratoire.

En juin 1932, Rachel obtient son master, de nouveau avec brio. Si elle souhaite poursuivre sur un doctorat, elle se fait néanmoins violence pour accepter un poste d’enseignement pour aider sa famille. Trois ans plus tard, son père décède et Rachel doit prendre en charge sa mère et sa sœur.

Grâce à l’un de ses mentors, elle est embauchée temporairement par le Bureau des pêcheries pour rédiger les textes d’une série radiophoniques sur la vie aquatique. Son supérieur est tellement satisfait de ses services qu’il lui promet de lui réserver le premier poste à temps plein qui se présentera.

Chose promise, chose due. Elle devient la deuxième femme à intégrer le Bureau des pêcheries en 1936 au poste d’assistante biologique marine. Elle publie régulièrement des articles dans les journaux scientifiques et grand public et commence à acquérir une petite notoriété.

Un nouveau drame frappe Rachel en 1937 : sa sœur décède lui laissant la charge de ses deux nièces, et de sa mère, toujours en vie. Heureusement, sa carrière progresse et la publication de ses premiers livres améliorent sa situation financière.

En 1941, La vie de l’océan (Under The Sea), son premier ouvrage, est apprécié par la critique et reconnu pour sa précision scientifique mais boudé du grand public jusqu’à la sortie du best-seller Cette mer qui nous entoure (The Sea Around Us) en 1951. Ce deuxième ouvrage sera traduit en 30 langues et restera dans le classement des meilleurs ventes durant 86 semaines.

Les merveilles de la mer et de ses rivages (The Edge of The Sea), sorti en 1955, sera également très apprécié.

Rachel quitte le Bureau des pêcheries en 1952 pour se consacrer pleinement à l’écriture et à son engagement écologique. Mais en 1957, la mort frappe encore et touche l’une de ses nièces. Qu’importe, elle adopte l’orphelin de celle-ci et héberge toujours sa vieille mère. Volontiers solitaire, Rachel semble pourtant considérer la famille comme sacrée.

Le 27 septembre 1962, elle publie Printemps silencieux (Silent Spring), premier ouvrage sur le scandale des pesticides.

En 1964, Rachel Carson, affaiblie par le cancer et par la radiothérapie, contracte un virus respiratoire. Elle meurt en avril, âgée de 56 ans

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