Transition énergétique / Sobriété, Frugalité, Efficacité / 3. L’éclairage nocturne & la pollution lumineuse

Réduire la quantité d’éclairage utilisée la nuit permet non seulement de réduire la facture des communes mais également le nombre de centrales ou d’éoliennes nécessaires à la fabrication d’une électricité non indispensable. Cette diminution des points lumineux, de leur puissance et orientation a aussi un impact positif sur la pollution lumineuse et ses conséquences sur les équilibres naturels.

Près de 10 millions de points lumineux éclairent les rues des villes françaises. L’association spécialisée ANPCEN estime que leur nombre aurait crû de 90% en 25 ans.L’éclairage public pèserait de plus de 2 milliards d’euros dans les budgets locaux. la technologie LED n’équiperait que 15% du parc. L’essentiel du parc de luminaires actuels fonctionne avec des lampes néon ou sodium, très fiables mais consommant beaucoup d’électricité. 10% du parc de luminaires fonctionnerait encore avec des lampes à mercure, totalement obsolètes depuis une vingtaine d’années (mais interdites à la vente seulement en 2015).

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Mais ici encore l’efficacité technologique de suffit pas car si les lampes « vertes » durent plus longtemps et consomment moins, elles utilisent néanmoins des métaux spéciaux qui ont un impact environnemental lié à l’extraction minière.

Il faut donc réduire le nombre de points d’éclairage et leur durée d’utilisation.

L’éclairage et sa consommation d’énergie

L’éclairage représente 19 % de la consommation électrique mondiale et environ 6 % des émissions de gaz à effet de serre.

La consommation annuelle d’énergie liée à l’éclairage en France est de 56 TWh (1 TWh = mille Giga Watt.heure = 1 million de MegaWatt.heure = 1 milliard de KiloWatt.heure)

Une tranche de centrale nucléaire produit en moyenne une puissance de 1 GW (1000 MW)
La plus puissante éolienne du monde a une puissance de 7,5 MW
Un champ photovoltaïque jusqu’à 60 MW au Portugal.

Répartition de la consommation globale d’énergie pour l’éclairage. Source : ADEME pour le Débat national sur la Transition énergétique

La réglementation actuelle

Elle date d’un arrêté de 2013 sur l’éclairage intérieur des bureaux et des vitrines, et d’un décret de 2012 sur les publicités et les enseignes mais elle est encore largement inappliquée. Elle prévoit que les lumières des commerces et bureaux soient éteintes une heure après la fermeture, celles des vitrines et des enseignes au plus tard à 1 heure du matin.

L’Arrêté ministériel du 27 décembre 2018, relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses, impose des prescriptions temporelles et techniques sur l’éclairage public et privé, pour lutter contre la pollution lumineuse. Cette réglementation s’organise autour de 7 grandes catégories d’éclairage (mise en valeur du patrimoine, éclairage des bâtiments non résidentiels, parkings,…). Des prescriptions particulières sont données pour les sites à enjeux astronomiques et écologiques (Parcs naturels régionaux, réserves naturelles…) et il est désormais interdit d’éclairer les surfaces en eau (lacs, étangs, cours d’eau,…). Les installations existantes doivent se mettre en conformité au fur et à mesure de leur rénovation ou de leur remplacement. Toute nouvelle installation depuis janvier 2020 doit être conforme à cet arrêté. Les infractions aux prescriptions sont passibles d’une amende au plus égale à 750 € par installation lumineuse irrégulière.

Pistes pour demain

Les voitures pourraient ne pas avoir recours à l’éclairage public. Elles ont des feux de circulation, qui leur permettent de circuler en pleine nuit hors des agglomérations. Pour protéger les mobilités douces des voitures, l’absence d’éclairage nécessiterait de réduire la vitesse de circulation des automobiles, y compris sur les départementales traversant les villes, à 30km/h pour pouvoir repérer un piéton ou cycliste avec son feu de circulation et freiner.

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La construction de pistes cyclables séparées et en général d’infrastructures sécurisées est une autre condition indispensable pour la diminution de l’éclairage public. Mais un éclairage minimal pourrait rester intéressant, car la faible lumière rend difficile la détection d’obstacles, y compris sur le trottoir.

Si 20% des personnes sondées considèrent ainsi que leur rue n’est pas suffisamment éclairée et que 90% considèrent que l’éclairage public est un enjeu central de sécurité. l’AFE a néanmoins réalisé une synthèse de l’état de l’art ou nous apprenons que cette corrélation entre extinction des lumières et hausse de la criminalité n’est pas avérée mais dans des sociétés où les agressions sexuelles restent invisibilisées, voire ignorées par certaines forces de l’ordre, l’éclairage rassure les femmes qui se déplacent de nuit dans l’espace public. On peut envisager des détecteurs de mouvements pour ne déclencher de l’éclairage qu’en cas de présence humaine, piétonne, ou cycliste.

« l’alternative à l’illumination n’est pas l’extinction. Les nouvelles technologies nous permettent de moduler l’éclairage pour travailler les transitions entre zones claires et zones sombres ». Fanny Guérard, conceptrice lumière de Concepto, ayant suivi le projet Rennes « l’œuvre au noir »

Agence Concepto, Olivier Namias, Rennes « l’œuvre au noir ». Eclairage noturne d’une maison de quartier
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Adapter l’éclairage public aux enjeux environnementaux

La pollution lumineuse

Elle perturbe les plantes, ainsi que les animaux nocturnes. Un effet barrière de la lumière artificielle nocturne est démontré, occasionnant des ruptures du noir qui peuvent être infranchissables pour certains animaux.

Pour les espèces animales, cela se traduit par l’attraction avec des espèces attirées par la lumière (insectes qui tournent autour d’un luminaire) et la répulsion, avec des espèces qui fuient la lumière (chauves-souris, amphibiens). Dans les deux cas, la lumière va perturber le cycle biologique et l’écologie de ces individus (reproduction, rythme d’activité, domaine vital…).

Les chauves-souris sont spécifiquement étudiées du fait de leur facilité de détection grâce aux mesures des ultrasons. Elles sont également très représentatives des comportements de la faune nocturne. Leurs zones de chasses couvrent une étendue de plusieurs kilomètres. Par conséquence les effets de la lumière artificielle sont particulièrement mesurables sur ces populations.

La pollution lumineuse entraîne aussi des déséquilibres des relations entre espèces en modifiant leur répartition spatiale (fuite/attraction), les relations proies/prédateurs et les services rendus par la nature tels que la pollinisation qui diminue fortement sur les sites éclairés. Les halos lumineux, souvent générés en agglomération par une forte densité lumineuse perturbent les migrations de certaines espèces en changeant leurs axes de migration.

Une trame sombre se veut, à l’image de la Trame verte et bleue, une contribution à l’amélioration de l’état de conservation des habitats naturels et des espèces (auquel s’ajoute pour la Trame verte et bleue le bon état écologique des masses d’eau).

Source : https://www.anbdd.fr/biodiversite/acteurs-tvb/la-trame-noire/

Il est possible de les réduire par la gestion des durées d’allumage en adaptant l’éclairage extérieur aux besoins, en privilégiant des lampes à température de couleur en dessous de 2700°K (teinte jaune ou mieux orange) et une signalisation réfléchissante et luminescente, orientant le flux lumineux uniquement vers le sol là où il est nécessaire.

Selon une étude menée par la Ville de Paris, l’éclairage privé représente 58 % des lumières excessives émises la nuit sur son territoire, contre 35 % par le domaine public et 7 % par les véhicules. Sur le domaine public, 52 % des points chauds sont émis par l’éclairage public (majoritairement les installations les plus anciennes). Le reste provient du mobilier urbain, des terrasses de café, etc. Un effort particulier doit donc être mené sur le parc tertiaire et résidentiel.

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