« Spirit et le fugitif » / E.7 / Moon river at Seven sisters

Seven Sisters Cliffs from Cuckmere Haven Beach, South Downs, East Sussex, England

Pendant que « Spirit » rejoint le port de Seaford sous pavillon anglais, le pilote du dinghy me conduit le long des Seven sisters, ces majestueuses et impressionnantes falaises blanches du Sussex. Il me dépose sur une plage à l’embouchure de la rivière Cuckmere. Le zodiac n’est plus désormais qu’un point dans la nuit. Je prends le chemin qui me dirige vers le petit lagon ou je dois récupérer une petite barque cachée dans la végétation. Je remonte doucement les méandres de la vallée en direction d’Alfriston. Sous la lune, les reflets d’argent métamorphosent ce célèbre ruban d’eau en une photographie d’art vivant.

A proximité de Litlington, près de la célèbre colline du white horse, je fige enfin ce corps qui n’en peux plus. C’est ici que je dois attendre une autre personne, un autre relais. Dans ce lieu sublimé par une lumière magique, je lutte pour oublier la fatigue mais la fraîcheur tombe et m’enveloppe peu à peu dans une grande torpeur. Ma tête, hypnotisée par la beauté du halo lunaire, plonge doucement, entrant dans la brume naissante d’un rêve éveillé ou j’aperçois la tête d’un cheval blanc s’approchant doucement de mon visage.

Serait-ce le fantôme du célèbre cheval de craie gravé dans la colline de Litlinton qui aurait pris corps dans la réalité de la nuit? C’est alors que je perçois dans mon demi-sommeil une voix de femme. Je relève subitement la tête et je vois un sourire surmonté d’un élégant chapeau me souhaiter la bienvenue. Une femme aux longs cheveux noirs débarquant dans ma réalité retrouvée descend de sa monture. L’homme provisoirement sans visage que je suis à cet instant la salue d’un geste plombé par la fatigue. Après avoir échangé les signes d’usage de reconnaissance mutuelle pour notre mission, elle me fait doucement signe de la suivre.

Nous entrons dans la pénombre de Friston Forest qui prend l’ambiance d’un film noir. Nous marchons un moment qui me parait interminable dans la profondeur des bois jusqu’à une ferme ancestrale complètement isolée.

Nous entrons alors dans une grande pièce ou nous accueille la chaleur enveloppante d’une vieille cuisinière à bois. Elle m’invite à m’asseoir sur un banc au bord d’une longue table massive qui me rappelle l’enfance et les grandes fêtes familiales chez mes grands parents. Elle me propose de partager une soupe paysanne avec elle. Difficile de refuser une pareille offre bienveillante à cette heure.

Nous échangeons un long moment sur la vie à bord d’un voilier et sur sa peur de la mer. Je lui fait remarquer que j’ai longtemps ressenti cette angoisse, qu’enfant j’avais peur de l’eau et que désormais, tout en étant conscient du danger potentiel, je prenais du plaisir à être « chahuté » sur cet océan de liberté.

Évasive voire secrète sur sa vie privée, elle préféra évoquer son cheminement de pensée, ses convictions et notre mission.

« Pour des raisons de sécurité et de réussite du projet, le secret de ton parcours a été bien gardé. Chaque maillon de la chaîne de l’organisation a son importance mais seuls quelques très rares personnes ont la vue d’ensemble, comme chez les résistants pendant la seconde guerre mondiale. Ni toi, ni moi ne connaissons la signification des inscriptions sur les objets que tu vas me donner et que je vais à mon tour transmettre à d’autres personnes mais je sais que ce sont des informations codées de la plus haute importance recueillies dans des lieux inaccessibles au public. Nous sommes des citoyens qui voulons que les humains restent libres et ne soient plus les cibles potentielles de personnes pensant appartenir à une race soit disant « supérieure » et qui voudraient nous transformer à nouveau en esclaves pour satisfaire leur insatiable appétit de puissance. Ils transmettent de génération en génération des mémoires archaïques imprégnées de violence et de machisme. Le pouvoir par la force, la soumission, pour satisfaire un égo sans limite, complètement démesuré aujourd’hui. Comme dans les précédentes guerres, de « grands » industriels côtoient des marchands d’armes à la puissance de feu bientôt hors de contrôle. Ils amènent au pouvoir de « jolis politiciens charmeurs » grâce à une manipulation médiatique de masse diffusée sur des chaînes d' »infos » qui leur appartiennent. Cette propagande a comme seul but de programmer l’humanité à consommer et produire sans fin des objets de plus en plus inutiles et même transformer en source de profit la santé des gens en les rendant dépendants de leurs produits. »

« Il y a tout de même des mécènes pour de grandes causes »

« Oui, tu as raison mais la concentration des richesses et du pouvoir pour les plus puissants d’entre eux devient intenable à la fois pour des raisons éthiques, morales, sociales et écologiques. L’industrie crée des machines ou des robots capables de produire à haute vitesse des objets pour des milliards de personnes, chacun contribuant à l’augmentation exponentielle d’une richesse pour une infime minorité qui ne sait plus quoi faire de cet argent, qui devient même hors de contrôle et n’est plus utilisé pour les besoins essentiels et même vitaux de la population. »

« Que faire alors? »

« De plus en plus de plus de personnes « éveillés » sont conscients de la manipulation et osent dire non. Au début il n’y a souvent qu’une personne qui fait courageusement face, comme Gandhi ou Rosa Parks puis deux, trois, dix, cent se lèvent, mille puis 100000, puis la renverse du système pour la création d’une organisation citoyenne partagée. Nous sommes aujourd’hui au bord de ce fameux point de bascule grâce à de nombreux journalistes d’investigation, des juristes, des personnes intégrées au sein du système, des informaticien(e)s, des tactitien(e)s, des femmes insoupçonnables et qui pourtant sont des résistantes engagées comme autrefois une certaine Joséphine Baker… Mais… il se fait tard, Monsieur, faut que je rentre chez moi… Nous continuerons cette discussion demain. Bonne nuit Jimmy. votre chambre vous attend à l’étage. A demain Lord navigator, 8h pétantes, avec un excellent British Breakfast! Nous aborderons votre prochain voyage.

« Bonne nuit et merci infiniment pour votre accueil Patti. See you tomorrow 😉 »

©Alan Mabden , publié le dimanche 10 Décembre 2021 sur Pigrai Flair / La culture a du sens

https://www.youtube.com/watch?v=pPR-HyGj2d0
Mon rêve, lui, perdurait tout près
Sous forme de vallées étincelantes
Où l’air pur était reconnu
Et mes sens tout récemment ouverts
Je me suis réveillée au cri
Selon lequel
C’est le peuple/qui a le pouvoir
Qu’il faut expier
l’œuvre des imbéciles…

…Le pouvoir de rêver/de régner
D’arracher les imbéciles au monde
C’est décrété, le peuple règne
C’est décrété, le peuple règne
ECOUTEZ
Je crois que tout ce que nous rêvons
Peut surpasser notre union
Nous pouvons faire tourner le monde
Nous pouvons faire la révolution terrestre
Nous avons le pouvoir
Le peuple a le pouvoir … Patti Smith

L’histoire de Cuckmere Haven (*)

Cuckmere Haven est l’une des parties les plus étonnantes du Sussex, mais la région était complètement différente il y a 700 ans. Alors qu’aujourd’hui la région est un endroit paisible connu pour sa beauté naturelle, l’embouchure de la rivière Cuckmere était autrefois un village naval florissant.

Presque complètement vide aujourd’hui, les champs au nord de la Manche abritaient autrefois un ancien village – Exceat. Exceat était un village de pêcheurs animé, fondé à l’époque saxonne. Elle était abritée des intempéries par la protection de la vallée de Cuckmere, et certains historiens pensent qu’elle aurait pu être une base de pêche très réussie. Le village aurait également été l’une des bases navales les plus importantes du roi Alfred le Grand, largement reconnu comme le premier roi d’Angleterre. On pensait qu’Alfred avait un palais à proximité de West Dean, et on pense qu’Exceat a été l’une de ses principales bases navales dans ses guerres contre les Danois. Cependant, les jours de gloire du village seront écourtés au 14ème siècle. Avec la majeure partie de l’Europe, l’Angleterre a beaucoup souffert lorsque la peste noire est arrivée en 1347. Il s’agissait de la pandémie la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité, certaines estimations supposant que la peste a décimé 60 % de la population européenne. Exceat était l’une des nombreuses victimes de la peste mortelle. En quelques années, la population du village a été presque complètement anéantie.

Cuckmere Beach

5 commentaires

  1. Les photos (superbes) illustrant ton récit renforcent l’atmosphère de cette nuit particulière !
    J’aime l’optimisme qui se dégage de tes mots. Même si je crois qu’il faudra encore bien des nuits sombres et des souffrances avant que nous nous bougions comme le dit si bien Patti Smith 🙂
    Bon dimanche Alan

    Aimé par 1 personne

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