Série « Spirit & le fugitif » / Voyage maritime / Murs & Messieurs de Saint-Malo

Dans mon Cocon de mer, lové dans le coton-couette et bercé par la pluie, la larve attend de se métamorphoser en papillon marin en quête d’autres escales. « Spirit » a changé de mer en direction de la Bretagne nord. Saint-Malo et son histoire me traversent. Encore des murs, toujours des murs. Aussi légendaires, majestueux et impressionnants soient-ils, une histoire particulière les hantent, celle de ces « Messieurs de Saint-Malo », de leur commerce colonial, du pillage royal organisé et de la traite négrière (*).

Aux murs, aux armateurs et corsaires assoiffés de « richesses » et de « gloire », je préfère la côte d’émeraude qui porte si bien son nom. Saint-Malo me plaît surtout pour la puissance de sa nature maritime, les grandes marées avec ces vagues immenses qui déferlent avec une force démesurée sur les remparts et la plage du Sillon. Elles semblent nous dire qu’elles sont et seront à jamais les plus fortes.

Contrairement à ce qui j’avais prévu, j’ai du reporter mon départ vers le grand Nord de l’Europe. Bloqué au port des bas sablons depuis plusieurs semaines à cause d’une météo peu engageante d’un mois de « Mai, fais ce qu’il te plaît », j’en ai profité pour préparer certains détails de voile, de gréement , de sécurité à bord et de mieux préparer mon parcours dans le détail.

En décembre dernier, Alejandra et moi nous étions quitté plus tôt que prévu, juste avant Noël. Le coup de fil reçu au port du palais à Belle-île venait du Chili. Il se passait beaucoup de choses importantes là-bas et elle devait rentrer au plus tôt à la fois pour ses compétences en organisation citoyenne et pour ne pas être mise en quarantaine à cause de l’épidémie qui grandissait malgré la vaccination massive. Sa présence me manquait. J’aimais la liberté de cette femme et son engagement. J’aimais aussi ma liberté. Nous nous comprenions. Notre distance renforçait nos liens. C’est étrange. Être reliés sans se voir, sans se toucher, sans s’appartenir. Depuis longtemps, je ne comprenais plus rien à l’amour, à la vie, à la mort. Je n’avais plus envie de définir ou d’analyser, juste me laisser porter par la vie, des mots, par une voix, des souvenirs et l’espérance.

Je préparais mon grand départ que je prévoyais aux premières heures de l’aube pour faire alliance avec les courants porteurs. Ce voyage me faisait rêver depuis si longtemps. Le grand nord, les fjords, d’autres visages, d’autres coutumes, d’autres langues. Bien sur, je m’attendais à des moments difficiles mais c’est aussi ce qui partie des épices de la vie et permet de mieux apprécier les vrais moments de bonheur.

La nuit tombait sur le port. le vent faisait claquer les gréements. je m’endormais paisiblement dans ce doux vacarme en rêvant à demain et à cette belle aventure qui m’attendais.

©Alan Mabden / Tous droits réservés / Jeudi 10 Juin 2021

(*) Ces messieurs de Saint Malo, le commerce colonial et la traite négrière

C’est vers 1660 que la France entre dans le grand commerce atlantique et colonial, notamment avec le port de Saint-Malo. Mais l’essor du négoce colonial au siècle suivant, avec la production antillaise de canne à sucre, d’indigo et de café, et le développement de la traite négrière, occulte souvent l’émergence de ce premier système capitaliste maritime au XVIIe. Et fait oublier que le commerce colonial se poursuit, sous d’autres formes, avec le vaste empire que la France se constitue à partir du XIXe siècle.
Les sirènes coloniales ont séduit de nombreux acteurs, mais les risques encourus par le négoce investissant dans des circuits commerciaux lointains sont nombreux, et les richesses accumulées aléatoires. Les fortunes de mer réservent des surprises. Ainsi la fabuleuse croissance du commerce colonial au XVIIIe siècle n’est-elle pas en partie illusoire ? Constitue-t-elle véritablement l’un des piliers du développement économique national ou ne profite-t-elle qu’à un petit nombre ? Quels rôles jouent l’État, la noblesse et les milieux négociants dans l’affaire ?. Grâce au recul du temps long (des années 1660 à 1914, voire 1940) et à une approche combinant des méthodes rarement connectées : étude quantitative, culture des acteurs du jeu économique, rôle de l’État…, se dessine un panorama complet du grand capitalisme maritime français, de ses forces et de ses faiblesses, ainsi que de ses acteurs.

Source et pour en savoir plus: http://www.infobretagne.com/saint-malo-traite-negres-noirs.html

Pour en savoir plus :

« Messieurs de Saint Malo » / André Lespagnol

Publié une première fois en 1990, l’ouvrage d’André Lespagnol essaie de dégager les traits fortement typés et tente de suivre leur destin collectif, de l’accumulation des richesses à l’affirmation sociale.

Le risque est grand que la « légende corsaire » ne masque l’essentiel : la réalité historique d’un port et d’un pôle capitaliste marchand qui furent véritablement, au temps de Louis XIV, d’envergure internationale.


A partir des bases solides de la pêche à Terre-Neuve et du riche « commerce de Cadix », les Malouins furent, au début du XVIIIe siècle, les créateurs de grands trafics océaniques, de Moka à Canton jusqu’au Pérou, au prix de l’invention de la route maritime du Cap Horn. Au cœur de cette aventure maritime et marchande, les vrais maîtres du jeu : les « Messieurs de Saint-Malo », une élite de grands négociants « bien hardis et bien entreprenants ».

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