La capitaine et le matelot / La quarantaine / livre rouge / Carl Gustav Young

Comme nous tous en cette période, Carl Young a connu une grande période de doute. En quête de sens, il commencera à rédiger son livre rouge où il notera ses rêves, ses visions et ses dessins les plus intimes. L’extrait que je vous propose est très intéressant à méditer en ces périodes de confinement. Il interroge sur les notions de liberté, de désir et nous rappelle l’importance de l’introspection et de la vie intérieure.

Alan Mabden / Mardi 4 Mai 2021

« Oui, cette année-là, ils m’ont privé du printemps, et de bien d’autres choses, mais j’étais fleuri quand même, j’avais apporté le printemps à l’intérieur, et personne ne pouvait plus me le voler ».

– « Capitaine, le matelot est inquiet, très agité par la quarantaine qu’ils nous ont imposés au port. Vous pouvez lui parler ? »

– « Qu’est-ce qui vous tracasse ? Vous n’avez pas assez de nourriture ? Ne dormez-vous pas assez ? »

– « Ce n’est pas ça, capitaine, je ne supporte pas de ne pas pouvoir descendre au sol, de ne pas pouvoir embrasser mes proches ».

– « Et s’ils vous faisaient descendre et que vous étiez contagieux, vous supporteriez la faute d’infecter quelqu’un qui ne peut pas supporter la maladie ? »

– « Je ne me le pardonnerais jamais, même s’ils ont inventé cette peste ! »

– « Peut-être, mais si ce n’est pas le cas ? »

– « J’ai compris ce que vous voulez dire, mais je me sens privé de la liberté, capitaine, ils m’ont privé de quelque chose ».

– « Et de quoi avez-vous été privé ? »

– « J’aurais dû attendre plus de vingt jours sur le bateau. Ça fait des mois que j’attends de d’entrer au port et de profiter d’un peu de printemps au sol. »

– « Je connais, moi aussi j’ai vécu cela. Il y a eu une épidémie. Port April nous a interdit de descendre. Les premiers jours ont été durs. Je me sentais comme vous. Puis j’ai commencé à répondre à ces impositions en n’utilisant pas la logique. Je savais qu’après quelques jours de comportement, on crée une habitude, et au lieu de me plaindre et d’en créer des terribles, j’ai commencé à agir différemment des autres.

J‘ai commencé avec la nourriture. Je me suis mis à manger la moitié de ce que je mangeais normalement, puis j’ai commencé à sélectionner des aliments plus facilement digérables qui ne surcharge pas mon corps.

L‘étape suivante fut de combiner cela une épuration de pensées malsaines, d’en avoir de plus en plus élevées et nobles. Je me suis mis à lire au moins une page par jour d’un livre sur un sujet que je ne connaissais pas. J‘ai décidé de faire des exercices physiques sur le pont à l’aube. Un vieil Indien m’a dit, des années plus tôt, que le corps se renforçait en retenant sa respiration. J‘ai décidé de faire de profondes respirations chaque matin. Je pense que mes poumons n’ont jamais atteint une telle force. Le soir, c’était l’heure des prières, l’heure de remercier. Toujours l’Indien m’a conseillé, des années plus tôt, de prendre l’habitude d’imaginer de la lumière entrer à l’intérieur et de me rendre plus fort. Au lieu de penser à tout ce que je ne pouvais pas faire, j’ai pensé à ce que je ferais une fois descendu. Je voyais les scènes tous les jours, je les vivais intensément et je profitais de l’attente. Tout ce que vous pouvez avoir tout de suite n’est jamais intéressant. L‘attente sert à sublimer le désir, à le rendre plus puissant. Je me suis privé d’aliments succulents, beaucoup de bouteilles de rhum, de jurons et de jurons à énumérer devant le reste de l’équipage. Je m’étais privé de jouer aux cartes, de dormir beaucoup, de me faire plaisir, de ne penser qu’à ce qu’ils me privaient ».

– « Comment ça s’est terminé, capitaine ? »

– « J‘ai pris toutes ces nouvelles habitudes, mon garçon. Ils m’ont fait descendre après bien plus de temps que prévu ».

– « Ils vous ont aussi privé du printemps ? »

« Oui, cette année-là, ils m’ont privé du printemps, et de bien d’autres choses, mais j’étais fleuri quand même, j’avais apporté le printemps à l’intérieur, et personne ne pouvait plus me le voler ».

Le livre rouge de Carl Gustav Jung

Le Livre Rouge est un grand livre calligraphié, enluminé et illustré, de la main de Jung. De 1913 à 1930, Jung a travaillé à ce livre, qui est la matrice de son œuvre future. Il lui a fallu d’innombrables heures de travail pour écrire le texte original, le recopier à l’encre de Chine, en écriture gothique, l’enluminer de lettrines et de cabochons, insérer entre les pages des gouaches.

Vers la quarantaine, la vie et les recherches de Carl Gustav Jung  furent marquées par le doute. Tourmenté et en quête de sens, c’est au cours de cette période difficile, à l’âge de 38 ans, qu’il commence à rédiger son Livre Rouge où il notera ses rêves et ses visions.Il rassemble ses notes et ses dessins les plus intimes. Il témoigne des tensions qui l’habitent à l’époque et documente sa confrontation avec l’inconscient, qui s’accompagnera parfois de rêves terrifiants et d’expériences personnelles douloureuses. Pendant seize ans, il consignera ces rêves et ces fantasmes dans un volume qu’il illustrera lui-même.

Ce livre nous rappelle l’importance de l’introspection et de la vie intérieure. le Livre Rouge est à la fois un récit personnel, un texte littéraire, une œuvre d’art, une méditation philosophique et un enseignement de sagesse. 

1 commentaire

  1. Thank you Alan for this post! 1) I loved Tin Tin and Snowy. You’ve reminded me of past happy reading. Maybe I should begin again. 2) I’ve just re-started my Chi Gong routine, after a break of over 20 years! Why did I stop? 3) I knew nothing about Jung until today! 🙏🙏🙏

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