C.P.C 8 / Spirit & le fugitif / Le tube de Sauzon

Cette série de cartes postales est une story imaginée pendant le confinement. Cette fiction raconte les aventures d’un marin « fugitif » au départ d’Auray vers les îles de Bretagne Sud. Pour connaître le début c’est ici https://pigrai.com/2020/11/04/carte-postale-confinement-evasion-a-auray-bretagne/ et pour trouver les autres épisodes, il suffit d’aller sur la page d’accueil, et la faire défiler la page d’accueil. C’est là https://pigrai.com/.

Revenir à Sauzon, c’est comme retrouver son repère, rentrer chez soi. Être encore et toujours fasciné par ce vieux port et ses maisons aux couleurs pastel, saturées en ce jour par cette belle lumière et magnifiées par le ciel bleu intense de cette fin Novembre. Le quai était exceptionnellement calme en raison du confinement et de la saison. Pas un seul touriste à part le « fugitif » et « la résistante ». J’allongeais le sillage jusqu’au milieu du port et glissais une aussière dans l’anneau d’une bouée. La marée était descendante. Dans une demi heure, « Spirit  » se reposera sur ses deux safrans et le bord de sa quille pivotante. Le temps de tout ranger à bord, d’enfiler nos bottes en hévéa massif et nous voilà foulant le fond du port provisoirement à sec le temps d’une marée. Nous nous hissâmes sur le quai et rejoignires le lieu secret de notre future rencontre avec « l’inconnu ».

France, Morbihan (56), Sauzon a Belle-Ile-en-Mer, le port

Après avoir gravi une ruelle, nous entrons dans une arrière cour ou nous sommes accueillis par des bellilois au sourire généreux puis pénétrons dans une typique salle à manger ou nous posons nos sacs.

8h. C’est l’heure du café breton avec ou sans option. Comme Alejandra je choisi la version de base, souhaitant rester centré en ce moment si particulier. La cafetière en vieux métal émaillé déversa son café noir. Sa chaleur bien réconfortante effaça de nos mains la fraîcheur de ce matin d’hiver. Tous assis autour d’une grande table en bois au rectangle massif, nous échangions des banalités sur cette météo exceptionnelle, le confinement et la gestion gouvernementale de la crise sanitaire avec une discussion franche virant du rouge au vert entre les bouches des marins bien animées de si bonne heure.

Un clin d’œil d’Alejandra vers ma poche accompagné d’un léger hochement de sa tête m’invita à poser l’étoile de mer devant moi. Je patientais quelques longues minutes dans ce brouhaha général. Assis dos à la porte d’entrée, je ne le vis pas entrer. Une main massive se posa sur mon épaule. Une voix authentique me surpris : « Qu’est ce qui t’amène de si bon matin ». Avant même de me retourner, je compris de quel coffre sortaient ces mots. C’était mon Jo. Je me retournais vers lui avec un sourire de forban et d’un geste fort et franc nous nous étreignirent loin des distances « médicales ».
« Et toi, que fais tu ici ? »
« Moi, je ravitaille « les corbeaux » de cette île en fruits des profondeurs » dis t’il en prenant avec l’habileté d’un magicien l’objet secret posé sur la table. A ce moment, je ne pu m’empêcher un sourire fait de complicité et d’émotion. Il faisait donc parti lui aussi de cette organisation secrète. Je ne fut pas tant surpris que cela, connaissant le passé de son père comme membre actif de la résistance pendant la seconde guerre mondiale, ayant fait parti du réseau du célèbre Jean Moulin.
Il me pris d’une main ferme par le bras.
« J’ai besoin d’aide pour vider mon bateau de pêche, tu viens? ».
« Mais bien sur patron ».
« Prends ton sac, j’ai des trucs à te filer »
Une rafale venait de me parler.. Je m’exécutais en prenant mon colis en toile marine à tube spécial.
Nous rejoignîres le bateau de pêche de Jo amarré près de la cale puis nous descendîmes dans la cabine du capitaine. Il me fit un signe vers mon sac. Je lui remettais le bâton.
« Sacrée surprise » lui dis-je
« On en reparlera à Hœdic, OK! »
Sa voix était nette et ferme et ne souffrait pas davantage d’explications. Il rangea l’objet le long du bordé auprès d’une gaffe. Je l’aidais à sortir quelques casiers sur le quai puis il me fit signe de revenir à l’intérieur du bateau.

Illustration de Camille Meyer / https://www.glenat.com/auteurs/camille-meyer

Assis face à son poste de navigation, je le vis dessiner avec une grande attention des signes et des pictogrammes sur une carte marine. Il vérifia une dernière fois avec une grande attention ce qu’il venait de faire en suivant chaque signe du doigt. Il roula la carte très serrée et me dit :
« Dans ton tube, tu glissera cette carte en lieu et place de l’objet que tu viens de me remettre. Ce document est capital. Tu le remettra en lieu sûr et désert à Alejandra. Il ne faut pas que les échanges entre personnes soient vus ou entendus. Je compte sur toi. »
« Merci Jo pour ta confiance. J’aimerais juste en savoir un peu plus »
« Cela viendra en son temps mais les protocoles sont stricts, tu comprends. C’est Alejandra qui détient l’autorité dans cette opération. Il n’y a qu’elle qui peut donner des informations. En tout cas, certaines données. Nous vivons un monde trouble et il faut être très prudent et en dire le moins possible. Les gagnants seront les plus discrets. Ils ne débattent pas sur les plateaux de télé, dans les salons ou sur les forums… Ah, au fait, je vous ai trouvé un hébergement gratuit sur Sauzon pour quelques nuits. Elle a toutes les infos. Votre présence doit être discrète car cet appartement n’est loué qu’à la belle saison. Je compte sur vous. Je te laisse. Bon vent »
Je fis une dernière accolade à Jo et le quittais avec beaucoup d’émotion.
Alejandra m’attendait dans la ruelle devant la maison. Son visage était solaire et la lumière de ses yeux s’accordait comme un archet à la courbe de son sourire. Nous longeâmes le port. Jo avait déjà disparu près du phare, vraisemblablement en direction de son fief à Hœdic. Après avoir pris nos sandwiches à la boulangerie et quelques courses à l’indispensable épicerie locale, nous partions pour une randonnée en direction du Palais… A suivre 😉 Alan / Pigrai Flair ©Tous droits réservés Dimanche 13 décembre 2020

Soazon / l’histoire d’un port

Le port, bien défendu des vents dominants, a eu très tôt un rôle d’abri et, il y a 2000 ans, l’aber de Sauzon permet déjà aux bâtiments vénètes de s’abriter. Puis, à la suite de la décadence romaine (les Romains ont d’ailleurs laissé à Belle-Île l’antique nom de Vindilis), les saxons, pillards des mers, font de Sauzon leur repaire. Sauzon (ou Saozon) est la forme pluriel de sauz (en dialecte vannetais) ou de saoz (en dialecte cornouaillais) qui signifie saxon. Saozon en breton veut dire « les Angles » et a donné « les Anglais ». Dès la fin du IIIe siècle, les Saxons lançaient chaque année, sur l’océan, des milliers de barques montées par des pirates avides de pillage. Pendant plus de deux siècles et demi, l’aber de Sauzon, d’un accès facile et un abri très sûr, leur servit de base opérationnelle. De ce havre, ils se jetaient sur de nombreux sites de la côte continentale. Chargés de butin, ils revenaient au port où ils ont séjourné assez longtemps, puisqu’ils ont laissé au bourg le nom que l’on connaît encore actuellement. Les Bretons, chassés de Grande-Bretagne, ont réellement marqué l’Armorique dès le IVe siècle, tout d’abord, en s’installant : ils « receltisent » la région, la christianisent en fondant des évêchés, et lui donnent leur nom : Bretagne. C’est de cette époque qu’ont survécu les traditions, les noms de familles et les noms de lieux, et c’est aussi le cas pour Sauzon. Les habitants ont toujours préféré la pêche à la culture.

Sauzon à marée basse
Sauzon. le fond du port

Sauzon est une des quatre communes de l’île de Belle-Île. Le village est principalement bâti sur le flanc ouest d’une anse aménagée en un petit port de pêche et de plaisance. Le port est surnommé le port fleuri. Il se situe sur le versant gauche de l’estuaire de la rivière de Sauzon. Une agréable promenade, partant du port, permet de faire le tour de la pointe du Cardinal et offre des vues tour à tour sur l’entrée du port, la pointe de Taillefer, la presqu’île de Quiberon et la pointe des Poulains.

Port de Sauzon Maison fleurie

12 commentaires

  1. Bonjour Alan
    Je ne connais pas Belle Ile en mer. Je suis plutôt ile de Ré ( Oléron, Aix et île Madame). Avant c’était Noirmoutier et l’Ile d’Yeu) …
    Alors je découvre complètement ( je ne connaissais que la chanson de Laurent Voulzy)…
    Il est beau ton billet. Et ça donne envie d’y aller, un jour ( la covid disparue)… Grand merci Alan pour cette belle invitation au voyage.
    Bisous, à bientôt.

    1. Bonjour Solène
      J’ai navigué dans ton coin sur le mythique Josua de Bernard Moitessier. Ce fut un plaisir de passer les tours de la Rochelle et de naviguer dans ce coin. Sans être chauvin, ce que je suis… ces trois îles Houat, Hœdic et Belle île sont vraiment à découvrir, de préférence par beau temps et au bord de la saison d’été.
      Je t’embrasse. A bientôt.

  2. Alan,
    Cette aventure devient mystérieuse, ça sent le trafic, et en plus dans un lieu qui fait effectivement totalement repère de pirates !
    Qu’est ce que tu nous réserves ?
    Le Jo il en sait beaucoup plus que tu crois…
    J’ai confiance mais attention, Spirit doit être consentant !
    J’aime bien comment tu parles de lui, tu arrives à vraiment rendre ce bateau très attachant, c’est fort .
    Merci pour ce voyage plein de suspens et d’aventure, et tes choix d’illustrations sont magnifiques, c’est un régal, une vraie carte postale qui fait sens et qui est pleine de profondeur .
    Bonne soirée

    1. Merci Corinne and the paquerites 😊. Ce que je vous réserve? J’en sait pas plus que toi pour l’instant. Je me laisse aller par l’histoire, les personnages, mon propre vécu, des lectures,… Ce format de carte postale/story n’était déjà pas du tout prévu mais ca devient cool de naviguer dans une histoire comme cela. Tu as raison, Spirit n’est pas qu’un bateau. C’est un compagnon fidèle, un complice indirect et aussi un excellent prétexte à nous emmener en voyage. Certains marins ont des liens étonnants avec leur voilier, le considérant comme un être vivant, un cheval de mer. Merci pour ton commentaire très positif et bonnes prépa de nono!

      1. Les prépas de nono…
        On a même pas encore fait le sapin, on est vraiment pas dedans, avec ce covid et la dépression de mon père, je ne sais plus où j’habite…
        mais on va tacher de faire un Noël correct 😉
        Bisous à toi et mes amitiés à Spirit !!

      2. Mais qu’ est ce que tu fous 🤣!!! 🌲🌲🌲🌲🌲🌲🌲🌲🌲🌲🌲🌲🌲🌲
        Je te transmets de la joie ainsi qu’à ton papa. Nono va lui faire du bien.

  3. J’ai oublié de te dire, je te recommande la lecture de Sylvain Tesson, son écriture me bouleverse, c’est bien plus que beau, ça touche au sublime.
    Sur les chemins noirs et Dans les forêts de Sibérie….VIIIIITE !

  4. Bravo Alan pour cette belle suite à ton feuilleton, dont le mystère s’épaissit.
    Le décor est vraiment bien adapté à ton histoire, le port de Sauzon est vraiment un endroit plein de charme. Comme Corinne, je trouve que ta façon de présenter Le Spirit comme un personnage à part entière est une belle idée, et une réussite de plus à ton récit. Un bel hommage à Belle-Île et à la bretagne.
    Tu devrais proposer ton script à la municipalité belliloise, où à son office du tourisme, peut être qu’ils seraient ravi du coup de pub, et qu’ils financeraient la publication de ton œuvre. Qui sait?
    Je te souhaite en tous cas que ce récit dépasse bientôt les frontières de ton blog, car ton talent littéraire mérite d’être plus largement connu.
    Je te souhaite une bonne semaine, et une belle préparation pour les fêtes, sans doutes moins festives que d’habitude.
    bien à toi
    Ben

    1. Merci Ben. Oui je kiffe ce port mais grav🤣. Je retiens ton idée pour plus tard. Qui sait? Spirit comme je le disais à Corinne est je crois indispensable à l’histoire, à la fois parce qu’il est un prétexte à voyager et aussi grâce à vous je découvre qu’il devient un personnage, comme un compagnon de route, comme un cheval, un ami qui te porte.
      Belle journée Ben et regarde bien la lumière. Elle est toujours la, en toi💥💥💥

  5. Avec le retour de Jo et les mystères qui entourent le périple à venir, on frôle le roman d’espionnage 🙂
    La progression de l’intrigue est toujours aussi efficace, on suit non seulement avec intérêt mais aussi avec l’envie de poursuivre l’aventure nous aussi !
    A bientôt Alan.

    1. Merci pour ton commentaire Laurence. Je aussi envie de poursuivre l’aventure. J’ai juste un souci. Il faut que je lise un roman d’espionnage de qualité. En connais tu un ou deux à me conseiller?

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