Sophie Junker / Haendel & « la francesina » Elisabeth Duparc

J’ai apprécié l’opéra le jour où une chanteuse lyrique m’a transpercé de sa voix sublime à deux mètres de distance accompagnée de son seul piano. Jusqu’à ce moment, cette musique, « vue » à la télévision ou « mal entendue » à la radio ne me faisait aucun effet. Cette voix m’a littéralement scotché par sa puissance et l’émotion qu’elle dégageait. J’ai remercié cette personne pour ce merveilleux instant et pour m’avoir permis de redécouvrir l’opéra. Alan

Elisabeth Duparc a fait partie de ces merveilleuses virtuoses vocales. La Francesina, la petite française qui fut la dernière muse d’Haendel, lui a inspiré ses plus belles pages de l’oratorio, pour sa voix lumineuse et agile, à l’ambitus impressionnant,

Sophie Junker, soprano, a repris cette œuvre et le flambeau d’Elisabeth lors d’un concert à l’Hostel Dieu sous la direction de Franck-Emmanuel Comte.

Sophie Junker

DISTRIBUTION Sophie Junker, soprano Franck-Emmanuel Comte, clavecin et direction Reynier Guerrero, premier violon Paul Monteiro et Minori Deguchi, violons 1 Sayaka Shinoda, André Costa et Angelina Holzhofer, violons 2 Aurélie Métivier et Florent Verhaegen, altos Aude Walker-Viry et Benoît Morel, violoncelles Nicolas Janot, contrebasse Florian Gazagne, basson Elisabeth Passot et Maria Raffaele, hautbois Nicolas Muzy, théorbe

https://youtu.be/oxZ3n1WE5nU Le fastueux répertoire composé par Haendel pour sa dernière muse, « La Francesina », par la soprano Sophie Junker.

Elisabeth Duparc, « la petite française« 

Elisabeth Duparc, née en France, formée à la danse en ce pays, étudia ensuite en Italie pour se former à la vocalità. Elle se produisit à Florence dans la première moitié des années 1730. Engagée à Londres en 1736, elle chanta tout le répertoire du temps, de Hasse aux Italiens, avant que Haendel lui confie ses créations. Au large ambitus, elle succéda durant huit ans à la Strada et à la Cuzzoni, pour la transition que le compositeur allait conduire, de l’opéra italien à l’oratorio anglais. Les airs que lui écrivit Haendel se signalent par leur virtuosité agile, leurs trilles comme leur gazouillis mélodieux, mais aussi pour leur retenue et leur profondeur.

Bien qu’elle eût créé pas moins de douze rôles écrits par Haendel, la vie et la carrière de cette cantatrice du XVIIIᵉ siècle reste relativement peu documentées en dehors de ses années londoniennes. Ces années correspondent d’ailleurs à la période au cours de laquelle Haendel multipliait ses expériences dans le domaine de l’oratorio anglais, tout en continuant vaille que vaille à assurer ses saisons d’opéra italien.

Même si les critiques de l’époque qui la comparaient aux grandes stars du chant italien comme Cuzzoni et Bordoni semblent l’avoir quelque peu dénigrée, la difficulté technique des rôles que Haendel avait composés à l’intention de sa « petite Française » attestent du haut niveau de virtuosité vocale atteint par son interprète de prédilection. Les incroyables acrobaties pyrotechniques du « Prophetic raptures swell my breast » de l’oratorio rarement donné Joseph and His Brethren, ou encore du célébrissime « Myself I shall adore » de Semele, en disent long sur les capacités vocales qui devaient être celles de La Francesina.

Haendel, la gloire, la chute et l’oratorio

En 1711, grâce à l’Opéra Rinaldo, le germanique Haendel conquiert l’Angleterre et devient l’un des maestro les plus en vogues de Londres, sollicité même par la famille royale. Mais après le règne, la chute. plus le temps passe et plus Haendel doit faire face à de graves difficultés financières. Plus le temps passe et moins ses opéras ont de succès… En 1737, ruiné et effondré, il s’effondre, victime d’une attaque. Après plusieurs mois de cure à Aix-la-Chapelle, l’inventif musicien remonte peu à peu la pente et se consacre désormais à l’oratorio, aux ‘drames religieux”. La voix humaine inspire encore et toujours Haendel. Pourtant, parmi ces dernières compositions, ce sont deux œuvres instrumentales que l’on a surtout retenues : L’Arrivée de la Reine de Saba, extraite de l’oratorio Solomon (1748) et la Musique pour les feux d’artifices royaux (1749).

Haendel

la révélation Sophie Junker

La soprano Sophie Junker est née en 1985 en Belgique. Elle étudie le chant à l’IMEP (Institut supérieur de Musique et de Pédagogie) de Namur et à l’Ecole de Musique et d’Art dramatique Guilhall de Londres. Au sein de cette école, elle aborde plusieurs œuvres plus ou moins rares du répertoire. Sortie diplômée de son école en 2011, Sophie Junker débute à Angers Nantes Opéra en 2012 dans le rôle de l’Amour dans Orphée et Eurydice de Gluck avant de faire ses premiers pas à l’Opéra de Versailles dans le rôle-titre féminin d’Acis et Galatée de Haendel en 2013. Bio complète : https://www.arcal-lyrique.fr/personne/sophie-junker-soprano/

On ne sait s’il faut davantage admirer la hardiesse des vocalises, piqués et autres traits de virtuosité, ou au contraire la noblesse des phrasés dans les morceaux plus lents. La diction anglaise, par sa clarté et son mordant, est digne des plus grandes cantatrices anglophones, et la prononciation de l’italien est tout à fait à l’avenant. La musicalité exemplaire de la jeune interprète, ainsi que l’expression qu’elle met dans son texte, donnent parfois l’impression de faire entendre pour la première fois des pages pourtant bien connues des amateurs de musique baroque. À ses côtés, le Concert de l’Hostel Dieu est admirable également, emporté par la direction ciselée de Franck-Emmanuel Comte. Voilà un album qui redonne tout son sens au concept du disque hommage à un grand interprète du passé, sans doute en partie car il nous révèle un des grands noms des décennies à venir.

6 commentaires

  1. Eh bien, quel billet. Je suis scotchée ! Je me le garde précieusement ( enregistré) pour y revenir à loisir.
    Merci Alan pour ce partage. J’ai bien fait de venir.
    Je te souhaite une très très belle journée. A bientôt.

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