Carte postale confinement 5 / De Hoedic à Belle île / Voyages de nuit

Cette nuit je ne dormirais pas à bord de « Spirit ». J’ai décidé de passer deux jours avec mon ami Jo. Bien que loup de mer. Il n’aime pas le verre solitaire 😉 Partager un repas avec lui (et ses amis) est toujours un festival. Fruits de l’océan à profusion accompagnés de Bourgogne blanc tout en subtilités, de chants, d’accords de guitare et autres épices venues des îles de la fraternité. Des femmes et des hommes avec un cœur débordant la poitrine, authentiques et généreux, capables de s’engueuler force 8 et juste après le coup de vent de se border au près serré. Sa maison de pêcheur, héritage de toute une lignée de marins, fini par éteindre son vacarme au milieu de la nuit, accueillant dans ses flancs chauds un équipage repu, bercé par le roulis.
Au petit matin, le seul debout était Jo, le vieux Cook, ventre calé entre deux feux, qui avait encore, après une nuit de tempête, l’énergie de nous préparer un somptueux petit déjeuner. Pour le Captain, l’amitié était la plus grande valeur en ce bas monde, un lien universel qui traverse le temps et les cœurs de tous les êtres. Pour Jo, seul comptait l’instant présent qui contenait selon lui l’éternité et la force vitale. Un homme n’était ni bon, ni mauvais, juste un être en chemin, vivant des expériences, des rencontres dont il était le seul habilité à jauger la pertinence. Il n’avait pas de gourou ou de maître. La seule qui ait réussi à le guider dans le passé était Mathilde, invisible au radar mais toujours présente aujourd’hui au cœur de sa vie. Pour la rejoindre dans le firmament, il lui suffisait de se caler face à la mer, soleil couchant et d’attendre que l’eau salée vienne inonder ses yeux étoilés.
Une fois tout le monde parti, il ne restait que deux marins, deux hommes qui s’estimaient, se respectaient au delà de tout, des fausses lois, de la normalité. Notre échange, lors de ces deux jours fut intense, remuant parfois les fonds en faisant remonter des vagues et des cris de douleur venus du passé. Jo comme moi avions besoin de ces rares moments pour purger la cale et repartir, rénovés de la quille à la tête de mat.
Vers 2 heures du mat, après un bon café breton, Jo m’accompagnai à notre repère de pirate où nous avions déplacé et planqué le bateau. « Spirit », fidèle compagnon, m’attendait, près à en découdre avec la fraîcheur de la nuit. Au bord de cette micro plage « secrète », Jo sentait la mer monter mais savait que la chaleur de nos mots donneraient du sens à son existence et que le cœur restait relié à des réseaux invisibles, sans bug et à haut débit.
Nous nous fîmes le geste du poing serré qui nous donna à chacun le force d’affronter les éléments de la vie. Je le vis s’éloigner comme un fantôme qui rejoint la nuit. Hoedic disparut rapidement pour laisser place à une froide obscurité. Pas de feux de route pour « le fugitif », juste un détecteur de radar activé. Belle-île devenait mon nouveau cap. « Spirit » glissait dans l’eau noire guidé par une main vigilante et des yeux aux aguets. Le vent était médium et la mer peu formée. La « route » était agréable. Je ne ressentais pas le froid grâce à mes trois peaux de mer.

A cette heure le monde des confinés était en veille ou bien en position rapprochée pour un meilleur échange viral. Le GPS traceur confirmait mon avancée sur Belle-île. Un dernier virement de bord vers sur mon rendez vous nocturne. La crique approchait doucement. J’envoyais un texto à mes amis qui me répondirent présents. Face au vent, je roulais le génois puis repris mon cap à faible allure. Plus qu’un seul mile. Je relevais ma quille pivotante et redoublais d’attention. Je vis une lumière clignoter avec un langage précis. Je me dirigeais vers elle en vérifiant les indications de mon sondeur. La côte se dessinait dans le flou de la nuit. Je perçu des silhouettes. Mes amis agitaient leurs bras et leurs sourires. Plus que quelques mètres. J’affalais la grand voile dans un dernier élan. Le voilier vint gentiment se glisser sur le sable accueilli par des mains bienveillantes. « Bienvenu à Belle-île, « Spirit » ! .
Une fois le pied posé sur le sable, je ckeckais du coude toute la bande. Je confiait mon étalon de mer à des mains expertes. Une fois bien installé sur la remorque, « Spirit » prit comme nous un taxi à quatre roues motrices qui nous conduisit vers notre nouveau gite et la fin de la nuit.

©Alan Mabden Tous droits réservés / Lundi 16 Novembre 2020 / Pigrai Flair-La culture a du sens

18 commentaires

  1. Alan,
    Mais que tu écris bien, et tu es toujours dans le cœur,
    le mien palpitait pour toute cette vague de chaleur humaine, d’amitié, de générosité, d’amour, de fraternité…j’avais envie d’être avec vous bien sûr et de sentir toute cette communion.
    Il y a de la vie, des yeux qui brillent et qui résonnent si bien ensemble, mais tu es doué pour nous le faire sentir et pour nous le faire vivre…
    Tu décris super bien les sentiments, tu n’hésites pas à nous faire sentir l’intimité des sentiments, les fils invisibles de ces sentiments tu les rends visibles, ils brillent par tes mots.
    Ton Jo je l’adore, il fait forcément penser à un roc, à un « véritable » ami bien solide, à un brave type plein de sagesse et d’Amour,
    Bonne soirée et merci beaucoup Alan

    1. Mais que tu me fais chaud au cœur! Tes commentaires sont précieux. Merci, vraiment.
      Tu vois, en l’écrivant, moi aussi, je sentais des trucs monter. C’est dingue l’écriture, ça t’embarque et ça vient chercher des trucs profonds dans ta mémoire. Jo est un mélange de plusieurs hommes. Les hommes ont aussi du cœur ;). Bon Jo on va le laisser un peu sur son ile pour aller créer d’autres personnages.
      Merci encore. Alan

      1. C’est ce que tu touches merveilleusement,tu fais parler le cœur de ces hommes ,ça fait du bien de surprendre la beauté de tous ces sentiments et de toutes ces émotions dans leur si belle amitié
        Alan j’aime quand tu dis « ça monte on est embarqué… »
        Ça fait des fois ce genre de choses l’écriture
        On est guidé par une énergie vitale ou quelque chose de plus grand que soi qui se situe bien au fond de soi 😉
        Bonne soirée Alan

    2. Mais oui c est ça qui décrit le mieux ton écriture « dans le coeur » et dans le « chœur » àussi avec le ton épique de l épopée 😉 des bises , abordage réussi de belle île la bien nommée, passe lui le bonjour ah non j oubliais tu n’y es pas pour de vrai !

  2. Salut Alan,
    Merci pour cette sympathique suite à ton feuilleton. Bravo pour ce talent d’écriture, et de descriptions plus vraies que nature.
    On ressent bien ton amour pour l’océan, la Bretagne, et les habitants qui la peuplent. Tes histoires nous font vraiment voyager.
    Peut-être une suite sur Belle-Île? Je l’espère.
    Bien à toi

    Ben

  3. Quelles bouffées de chaleur et d’humanité ! Que ton texte est enchanteur, on croirait un conte ! Merci pour ce moment que tu partages avec nous, c’est généreux et amical, çà fait du bien de sentir que cela existe …loin de tout ce « tumulte ravageur » Moi aussi je dis, vivement la suite… un vrai roman d’aventures … je suis accro !!! 😘🌹🧡

    1. Merci infiniment Swan. J’ai beaucoup aimé ton texte sur la maison d’artiste abandonnée. J’y reviendrai plus tard. Il y aura une suite en olusieurs épisodes car il y a des accros et je deviens aussi accro à mes propres personnages De nouveaux vont être créés bientôt…;)
      Vive l’aventure dans la tête! Bizh,
      Alan

  4. Beau portrait de Jo, le loup de mer qui n’aime pas le verre solitaire 😉
    J’aime ton écriture visuelle, l’ambiance feutrée qui s’installe en filigrane, l’amitié qui se passe de mots. ça me parle…

    1. Sacré Jo! Il me plait bien aussi. J’aime bien ce que tu dis à propos de mon écriture visuelle. Je suis très attiré, depuis longtemps par le cinéma. Je suis heureux que ça se « voit » dans l’écriture. J’aime aussi ce que tu écris sur l’amitié. Parfois un geste, un regard, une émotion suffit à se comprendre.
      Bizh
      Alan

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