Hunterwasser / L’homme aux trois peaux

Artiste engagé, écologiste avant-gardiste, il est toujours une grande référence pour ses performances et manifestes écologiques, artistiques et architecturaux. Grand voyageur, différentes cultures ont jalonné sa vie et son œuvre, les peintures de villes et de paysages d’Egon Schiele, les œuvres de Gustav Klimt, la tradition viennoise de l’Art Nouveau très présente sur ses affiches, les textiles et dans la typographie mais aussi l’abstraction, le surréalisme.

Pour Hundertwasser, l’homme a trois peaux auxquelles s’ajouteront deux autres peaux dans les années 70.  – La première peau est l’épiderme naturel de l’homme.  – La deuxième peau correspond aux vêtements. D’ailleurs le peintre commence à coudre lui-même ses vêtements avec des pièces de tissu qu’il trouve un peu par hasard et il confectionne ses chaussettes et ses chausssures.  – La troisième peau correspond aux habitations.  – La quatrième peau est l’environnement social (de la famille à la nation)  – La cinquième peau est la peau planétaire ( l’environnement global, l’écologie, qualité de l’air qu’on  respire, l’état de la couche terrestre etc…).

« L’homme à trois peaux. Il naît avec la première, la deuxième est son vêtement et la troisième est la façade de sa maison »

Hunterwasser donnant un cours aux étudiant(e)s pour expliquer concrètement le concept des 3 peaux. Impossible aujourd’hui 😉

Le médecin de l’architecture

« Les maisons sont notre 3èmepeau…Les maisons aussi pleurent et saignent…La maison est miroir de l’homme…Chaque maison même laide et malade peut être guérie… »

Hundertwasser_Village thermal de Blumau

« Si quelqu’un rêve seul, ce n’est qu’un rêve. Si plusieurs personnes rêvent ensemble, c’est le début d’une réalité ! « 

« Tout est infiniment simple, tout est infiniment beau »

Ce qui caractérise l’architecture d’Hundertwasser c’est l’écologie bien sûr, mais aussi la couleur, la diversité des formes et une certaine idée de l’homme comme fondamentalement expressif. En tant qu’architecte, son travail est en quelque sorte une application directe de ses toiles dans la réalité, on retrouve dans ses constructions les plus importants de ses principes: dominance de la nature, l’importance de la couleur, le refus de la conformité, de l’uniformité. Il dénonce la « sinistre » architecture classique et se déclare ennemi de la ligne droite qu’il refuse d’employer. C’est vers 40 ans qu’Hundertwasser commence à construire et guérir des bâtiments, pour que les gens y vivent plus heureux. Pour lui, les maisons sont malades, blessées et il veut les guérir. Pour cela il conjugue, art, écologie, architecture.

C’est en Allemagne et en Autriche que son œuvre a pris racine. Sa fameuse tour Kuchlbauer à Abensberg en Allemagnequi devait abriter un observatoire, un cinéma, des artisans et des salles d’exposition a été construite, 10 ans après sa mort (en 2000) sous la direction de Leonhard Salleck, propriétaire de la tour, actuellement brasserie, avec l’architecte Peter Pelikan construction qui supervise.

Il a imaginé le lycée Martin-Luther avec un toit paysager, où l’on pourrait se promener comme dans une forêt boisée. Mais il reste surtout célèbre pour les bâtiments dont il a re-colorié les façades : la transformation de la Maison Ronald Mac Donald, centre destiné aux parents des enfants malades, et de celle de l’Eglise Santa Barbara restent des modèles du genre inimitable, estampillés Hundertwasser.

Il pousse ses conceptions de la vie et du bonheur recherchant une harmonie entre la nature et l’homme. A ce titre, son travail d’architecte est particulièrement intéressant car il ôte le tabou d’une certaine forme d’interdit qui consiste à ne pas avoir le droit de s’approprier son habitat. Il évoque ici l’interdit de décorer l’extérieur des portes et fenêtres des maisons ou appartements. L’œuvre « Ton droit à la fenêtre » est un thème clef. Il propose que les habitant puissent intervenir sur les façades et environnements de vie jusqu’à la longueur d’un bras.

La spirale

Dans les images de Hundertwasser la forme d’une spirale est très souvent présente.

En 1953, il peint sa première spirale : Le Grand Chemin. Dans cette peinture la spirale représente un ruban, un chemin qui serpente et se replie sur lui-même, nous obligeant à le suivre des yeux de manière hypnotique. Pour lui, la ligne droite n’existe pas dans la nature, elle est le fruit de l’éducation.

« La ligne droite est étrangère à la nature de l’homme, de la vie, de toute la création »

« La spirale signifie à la fois la mort et la vie. En partant du centre de la toile, on va de la naissance à la mort qui se trouve aux extrémités du tableau et inversement. »

Le grand chemin Friedensreich Hundertwasser
Le grand chemin (1955) de Friedensreich Hundertwasser

Cette grande spirale entraîne le spectateur dans un tourbillon. Semblable aux flots de l’eau, la spirale ne peut s’arrêter, « un début doit mener plus loin ». La spirale évoquerait les ondes provoquées par la chute d’une pierre dans l’eau ; ses couleurs emportées par le courant traduisent l’huile flottant à la surface. C’est une promenade à la fois champêtre et initiatique à laquelle nous convie Hundertwasser, un labyrinthe sur lequel notre regard glisse plutôt que d’être entraîné vers la profondeur. Des petites choses nous amarrent à la surface contre un courant qui pourrait nous emporter.

« La spirale est exactement là où la matière inanimée se transforme en vie. »

Notre terre décrit le déroulement de la spirale. Nous tournons dans un cercle, mais nous ne revenons jamais au même point, le cercle ne se ferme pas, nous venons seulement à proximité de l’endroit où nous avons été. Ceci est typique pour la spirale qui apparemment est un cercle qui ne se ferme pas. La vraie et équitable spirale n’est pas géométrique, mais végétative, elle a des renflements, parfois plus mince et parfois plus épaisse et coule autour des barrières qui se dressent sur son chemin. La spirale signifie la vie et la mort dans toutes les dimensions. À l’extérieur elle se dirige vers la naissance, vers la vie et puis par une dissolution apparente dans le surdimensionné, dans l’extraterrestre, dans des zones non mesurables. Vers l’intérieur, elle se condense par concentration vers la vie et devient par après dans des petites régions infinis, ce que nous appelons la mort, car ceci dépasse notre perception qui tente à mesurer. La spirale pousse et meurt végétative, c’est-à-dire que les lignes spiroïdales se déroulent tels que les méandres des fleuves et suivent loi de la croissance des plantes. Elle n’oblige en aucune façon le déroulement, mais elle se laisse diriger. En conséquence, il lui est impossible de faire des erreurs.

Biographie

Friedensreich Hundertwasser (1928 – 2000), de son véritable nom Friedrich STOWASSER,  est un artiste autrichien né à Vienne. Ayant perdu très jeune son père (1928), il est élevé par sa mère. Ses premiers dessins datent de 1934, il a 6 ans. Ceux-ci s’annoncent déjà très prometteurs. Sa mère l’oriente vers des études classiques que la seconde guerre mondiale interrompt. En 1943, 69 membres juifs de sa famille maternelle, parmi lesquels sa tante et sa grand-mère, sont déportés et tués. Bien qu’il soit né et ait grandi en Autriche, la patrie de choix de Hundertwasser était la Nouvelle-Zélande, et sa principale maison le navire Regentag (jour de pluie), un ancien navire de commerce réorganisé.

En 1948, il entre à l’académie des Beaux-Arts de Vienne pour y apprendre les techniques de base du dessin. Il y reviendra en tant que professeur en 1981.

Ses innombrables voyages à travers le monde lui permettent de découvrir les tendances très diverses de l’art moderne et contemporain, pourtant on ne peut pas vraiment le rattacher à aucun groupe ou un courant. Même s’il débute comme peintre, on décèle dès le départ, dans ses tableaux son attrait pour l’architecture.

Friedensreich Hundertwasser meurt d’une crise cardiaque le 19 février 2000, à bord du Queen-Elisabeth-II qui le ramenait de Nouvelle Zélande où il résidait une partie de l’année.

Le designer

Hundertwasser a été un des premiers défenseurs des toilettes sèches ! Il a promu les toilettes sèches, comme mode écologique de traitement des déchets domestiques pour alimenter les arbres intégrés à l’architecture. Plus qu’une simple révolution technique, c’est un exemple concret de son esprit de cycle, que l’on retrouve dans ses peintures (voir Le grand chemin plus bas) et de l’écologie dans les deux sens du terme, c’est à dire acte politique et conscience des fondements des écosystèmes.

Toilette publique Kawakawa, Nouvelle-Zélande

Ses techniques

En tant que peintre, en plus des techniques classiques de l’aquarelle, il travaille souvent les techniques mixtes mais aussi la gravure, la lithographie, la sérigraphie, la linographie, l’eau-forte…
Son œuvre picturale est caractérisée par un bouillonnement de formes organiques, les couleurs sont brillantes, parfois même fluorescentes.

Dans sa peinture, Hundertwasser utilise des pigments, du sable, du charbon de bois, de la brique pilée, de l’or, de l’aluminium. Pour lui, le peintre est un chercheur qui expérimente des techniques différentes sur des supports variés. S’inspirant des maîtres anciens. Par exemple,il fera de la peinture à l’œuf, dite a tempera (technique longtemps utilisée par les peintres primitifs). Il utilise dans ses toiles des couleurs chatoyantes, gardant les couleurs fluorescentes pour son œuvre gravée (lithographies, gravures sur bois…). Il isole des formes, des motifs (larmes, gouttes de pluie, fenêtres) qu’il magnifie en utilisant des feuilles d’or ou d’argent.

8 commentaires

  1. Comme chaque fois, je me répète, magnifique article,superbement illustré , complet et bien détaillé et qui plus est très intéressant !!! (Çà va les chevilles ?😂😂😂) Bref! Super quoi ! encore à voir en détails demain…en musique 😉 Belle nuit 😘🌹

    1. Merci Swannaëlle pour tes généreux complémentaires. T’inquiètes pour les chevilles 🤣😂
      Car je fais ce blog par pure passion. Je me cultive aussi en le faisant et je le fais sur des sujets ou des articles qui ont du sens et qui peuvent amener des éclaircissements. Les artistes que je poste me touche vraiment (je ne les publie pas sinon). Je trouve que si l’on sait regarder le monde, il y a une beauté infinie et elle est présente chez beaucoup d’artistes. Merci à eux d’abord 😉
      Belle journée
      Alan

      1. J’en fais partie alors je te remercie doublement ! Moi aussi je suis une passionnée comme tu peux t’en douter et mes perspectives se rapprochent beaucoup des tiennent si ce ne sont les mêmes … 😊 Alors continuons ainsi pour notre bonheur et celui de ceux qui nous visitent et que cette communion dure longtemps Belle journée Alan et à bientôt😘🌹

  2. Coucou,
    Son style est vraiment très étrange, mais il est également bien original, et très coloré.
    Cet artiste est pour le moins atypique, tant par son personnage que par ses œuvres.
    Merci Alan pour cette découverte.
    Je te souhaite une belle journée

    Ben

    1. Salut Ben
      Il y aussi Gaudi, moins coloré, mais qui a une approche de l’architecture dans la rondeur également. Hunterwasser ne comprenait pas la ligne droite pour les constructions. Aujourd’hui et depuis longtemps nos archis pour des raisons de coût et surtout de facilité ont fait du carré et du rectangle la norme. La révolution humaine passera par la fin de cette norme angulaire.

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