Carte postale confinement 4 / Cap sur Hoedic /Bretagne sud

Houat (le canard en Breton) s’éloigne. J’ai pris un ris dans la grand voile et réduit le génois car le vent s’est un peu renforcé. Je mets le cap sur Hoedic (le caneton en Breton) qui est ma prochaine étape. J’ai hâte de revoir le vieux Jo et son humanité, habité par la sagesse, l’humour et la bienveillance. J’aime cette petite île où il n’y a ni scooter ni auto, ou l’on a l’impression de vivre hors du temps, de ce temps urbain où tout va trop vite, où tout est compté, analysé avec de brillantes statistiques et de splendides algorithmes. Ici, c’est plutôt algo-rythme 😉 Il n’y a rien sur cette île et pourtant il y a tout, quelques humains solidaires et « connectés », de splendides oiseaux marins, une belle flore, le vent, la pluie, le soleil réunis. On peut s’ennuyer sur cette îlot de paix ou au contraire se ressourcer dans les deux sens du terme : se refaire une santé et retrouver la source de l’inspiration. J’aime écrire et c’est dans ce silence, relatif, car rempli de sons naturels, que je peux me reconnecter à mon être profond, à ma mémoire enfouie et faire ressortir de ce réservoir des mots majeurs, des mots issus de ma vie.
« Spirit » trace sa route et prend un plaisir fou. Il a trouvé quelques copains marsouins qui jouent avec lui depuis quelques minutes car ils le prennent pour l’un des leurs. Je suis rempli d’un bonheur intense en ce moment présent. Je n’ai pas besoin d’artifices pour aimer la vie. Elle est la sous mes yeux, tout autour de moi et cela ma comble infiniment.
J’approche de ma destination. J’appelle Jo sur son portable pour lui indiquer mon arrivée imminente. Il viendra m’accueillir au port. On reste en contact sur la VHF, canal, 30. Je mets de l’ordre dans le cockpit et me dirige face au vent pour affaler mes voiles. Tout est ok sur le bateau pour entrer au port.


J’entends un bruit de moteur se rapprocher. Oups! C’est un bateau de la police maritime. Il fallait s’y attendre. « Le fugitif » est « démasqué » ;). J’appelle Jo pour le prévenir. « T’inquiète, j’arrive! »
J’amarre le voilier au quai et met un masque sur mon visage.

« Bonjour, Monsieur, d’où venez vous? ». « Bonjour, Monsieur, de Houat, je viens rendre visite à un ami souffrant ».
« Présentez moi votre attestation, sil vous plaît »
« Vous venez donc pour assistance à personne vulnérable », me dit le policier avec un léger coin sur le bord des lèvres.
Mon Jo, qui, arrivé sur le quai, a entendu la discussion, déclare avec le panache d’un tonton flingueur et de la voix assurée d’un vieux marin pêcheur « C’est moi la personne vulnérable ». Le policier se retourne vers le vieil homme et soudain éclate de rire : « Ah, c’est donc toi, l’alibi de la visite de Monsieur, je ne te savais pas si vulnérable! ».
« C’est que tu ne connais pas les abysses de mon cœur, cher gardien de la paix » dis Jo avec un profond sourire. Il fit signe au policier de venir discuter avec lui quelques mètres plus loin sur le ponton. Je le regardais, « médusé », argumenter sans relâche avec l’homme de loi qui fini par lâcher : « De toutes façons, ici, c’est toujours toi qui a le dernier mot! ». C’est pas faux, comme dirait Perceval. Jo est le chef sur cette île et on ne « discute » pas avec un représentant d’une éternelle communauté de marins pêcheurs 😉
« Bon, dis Jo, tu m’as amené une caisse d’antiviraux? ». Lol. Je sors effectivement un carton du bord. « Je t’inflige la prune du jour/ tu en remettras deux exemplaires à mon ami ici présent qui a été plein de compassion à ton égard. « Tu es sûr, lui dis-je? » JO me prend d’autorité deux Bourgogne blanc / château Bersan des mains et les remet avec force et conviction au représentant de l’ordre en lui disant « Pour tes œuvres charitables !».
« Bon, circulez, je ne veux voir personne sur ce ponton, vous pourriez en contaminer d’autres.. » dit le policier, ébloui par la culot de ce papy qu’il connaît depuis l’enfance. Son père et Jo était très amis.
La loi a parlé. La loi du cœur différente de la loi d’état. Ce soir, je dors à Hoedic. Bonne nuit chers(ères) confinés(es). Alan

A suivre… prochaine étape : Belle île en mer

https://youtu.be/zQgeMZ0ObLw excellente vidéo réalisée par la route à deux http://larouteadeux.fr

Hoedic, île secrète et préservée

Des sites néolithiques au fort « Vauban » (car Hoedic fut un site stratégique convoité par les Anglais), de son église pastel à la fontaine où les femmes allaient jadis chercher l’eau potable, du port La Croix au port l’Argol, c’est un grand jardin pour nos libertés. Particulièrement paisible en dehors de la saison touristique car on n’y recense qu’une centaine d’habitants, l’île est loin des 3.000 estivants qui viennent se ressourcer sur l’île lorsque les beaux jours arrivent. Sur ce lieu de ressourcement, pas de voitures, de scooters, de motos pour bousculer les piétons au bord des routes et troubler la pureté de l’air par les gaz d’échappement.

Les dunes fragiles offrent aux regards leurs oeillets sauvages, leurs oyats, leurs herbes rases qui tapissent le sol. Les vingt-trois plages présentent un caractère intime. On les découvre en faisant le tour de l’île par le sentier côtier. Leur douceur contraste parfois avec les amas rocheux. Seul le cri d’un goéland ou d’une mouette viendra troubler votre tranquillité. Le port d’Argol, où accoste la vedette, rassemble les bateaux de pêche de l’île, où s’activent une douzaine de marins-pêcheurs, et quelques bateaux de plaisance. De l’autre côté de l’île, le vieux port ou ‘ Port La Croix ‘ abrite aussi diverses embarcations dans son chenal.

Les marais du Paluden et la dune du Port de la Croix forment un ensemble remarquable de la petite île.

La flore a une belle diversité avec ses oyats, ail à tête ronde, orpin jaune, pourpier de mer, giroflée, oeillet des dunes et ses espèces rares telles que le lys des mers. Des passionnés d’ornitho apprécient également la variété d’oiseaux hivernants ou migrateurs présents chaque année.

Un peu d’histoire

L’église (1853) Notre-Dame-la-Blanche conserve de nombreux ex-voto marins, témoignage de la vie de l’île. Saint-Goustan, le saint-patron des Hoëdicais, toujours fêté le 27 novembre, était venu se retirer sur ici à la fin du 10e siècle. Outre le fort des Anglais à Beg Lagad, vestige d’une tour édifiée par Vauban pour résister aux attaques d’Outre-Manche, un autre fort se tient plus au coeur de Hoëdic, racheté en 1978 par le Conservatoire du Littoral et qui présente diverses expositions. Hoedic et Houat rentrent vraiment dans l’histoire en 1008 avec la fondation de l’abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys confiée à Felix par le duc de Bretagne Geoffroi qui la dote de terres incluant les deux îles. Félix installe dans chacune un prieuré et quelques familles de paysans de la presqu’île de Rhuys.

Elles feront souche, survivant de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, dans des conditions précaires mais peu différentes de celles de toute la population du littoral breton. Felix se retire souvent dans le prieuré de Houat. Un autre moine, Rioc, se fixe comme ermite à Hoedic. Il est rejoint par Goustan venu d’Ouessant avec Felix pour fonder l’abbaye. À Hoedic, le prieuré des moines se trouvait à l’emplacement de l’ancienne cantine. Et à Houat, la chapelle Saint-Gildas en ruine, construite en 1682, est le vestige du prieuré.

Extrait de l’excellent article de Melvan.org. Pour connaître toute l’histoire : https://www.melvan.org/1000-ans-histoire-hoedic-houat

10 commentaires

  1. Belle balade Alan. L’arrivée à Hoedic avec l’intervention des hommes d’armes et de Jo est très réussie. J’aime bien ta prescription d’antiviraux aussi.
    Ces îles méritent d’être connues, mais pas trop tout de même. Qu’elles ne deviennent pas les faubourgs de Paris…
    Belle journée.

  2. Coucou Alan,
    On est embarqué, comme des passagers clandestins, pas le choix 😉
    J’ai eu un coup de stress quand j’ai vu la maréchaussée !!!
    Tu nous gâtes vraiment, quelle belle promenade et quelle belle région…
    J’aime ta description de la mentalité de ces iliens, c’est spécial une île…je suis née sur une île 😉
    En fait si je te suis bien, l’idéal en ce moment c’est d’avoir un Jo dans chaque port ( en tout bien tout honneur ), il est d’ailleurs très sympa ton Jo, il gère et on sent l’homme de réseau qui a la main
    J’ai des amis à Vannes mais je connais mal la Bretagne.
    Je te remercie pour ta générosité parce que c’est du boulot tes articles !
    à bientôt et bon vent,
    mes amitiés à Spirit ( il est attachant ton bateau, tu lui prêtes si bien vie )
    Corinne

    1. Merci pour ta générosité à propos de tes commentaires. Tu es une personne stimulante. Je transmets tes amitiés à Spirit. Nous nous dirigeons en ce moment vers Belle île avec une belle et clandestine navigation de nuit.
      Bonna journato!
      Alan

  3. Sympathique escapade, cette île est vraiment sublime, et la police maritime à l’air d’être de bonne composition tout comme les antiviraux😀, et Jo semble être bon vivant pour un homme vulnérable.
    Spirit navigue dans un coin de paradis, chaque marsouin doit probablement reconnaître sa coque et son sillage😉.
    Merci Alan pour ces plaisantes découvertes de lieux et de personnages bien bretons et romanesques.

    Bien à toi

    Ben

  4. En Bretagne : j’aime tout, les paysages, la vie, les gens Etc.
    Mon destin est de revenir en Presqu’île, parce que j’aime la mer, aller pêcher, naviguer !
    Manger, et oui !
    Je le confesse, j’aime les repas en famille !
    En Presqu’île de Crozon que j’ai découvert suite à mon affectation à la BAN Lanvéoc-Poulmic en 1969.
    . . .

  5. Je continue la balade bretonne avec toi, c’est une véritable découverte pour moi, je ne connais pas du tout cette région de France 🙂
    J’aime beaucoup les contrastes de l’île. Il y a comme une certaine rusticité teinté de délicatesse dans les paysages qui lui donnent du caractère.
    J’ai vu que tu avais posté la suite, je reviendrai goûter l’air de l’iode et respirer les fleurs maritimes bientôt.
    A très vite, Alan.

    1. Merci Laurence pour ton retour. Je suis heureux de te faire découvrir cette magnifique région qui était et qui reste pour moi encore un pays.
      J’aime bien ce que tu écris à propos de l’île : « il y comme une certaine rusticité teinté de délicatesse dans les paysages qui lui donnent du caractère ». Cela pourrait très bon s’appliquer aux bretons eux même ;)… C’est un véritable plaisir de partager ça. A bientôt. Alan

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