Carte postale confinement 1 / « Evasion » à Auray / Bretagne

Rennes, 20H32. Je prends mon sac et l’avant dernier TGV pour Auray. Arrivée 21H45. La place de la gare est déserte. Je sort ma trottin’élec de son sac. Il pleut. Je m’équipe de la tête aux pieds et allume les éclairages de sécurité. Je prends la première rue à droite puis rejoins le centre-ville et ses commerces sans vie, passe devant la mairie et m’engage avec prudence dans la grande descente de la rue du Château et passe le célèbre pont qui enjambe la rivière du Loc. Autrefois, Les Ducs de Bretagne avaient repéré cet endroit idéal et construit leur château sur le plateau en hauteur pour dominer le pont et le port. La construction d’un pont a été en son temps source de prospérité pour les finances ducales car des droits de passage étaient exigés.


Il est 22H. Je suis à chaque fois fasciné par les lumières de ce petit port de Bretagne. Pas une seule âme qui bouge. Pas même un agent de police. Mon « évasion » fonctionne mais je me suis fait un dossier papier en cas de contrôle. Motif : « Assistance à personne en détresse ». Une fausse mamie très malade avec une vraie fausse adresse et le tour est joué ;)… Chut,…

Je reste un moment assis près des vieux gréements, les yeux aquarellés par les couleurs claires obscures de la rivière d’Auray. Fatigué de ma journée, je me lève et me glisse dans le silence.

Je passe devant la maison où a séjourné Benjamin Franklin en 1776 (*) et continue en direction du bureau du port. Là, j’emprunte une annexe pour rejoindre mon voilier amarré sur corps mort en ce lieu si paisible. « Spirit », tel un compagnon de route fidèle m’attends. Je monte à bord et pose enfin mon sac. J’allume le « Dickinson ». Au bout de quelques minutes, une douce chaleur envahit le carré. Un dernier coup d’œil à mes applis marines. Je checke une dernière fois les courants et la météo. Tout est OK pour demain. La bouilloire siffle. J’éteins le chauffage, les lumières et médite devant un bon tchaï brûlant. Le portable réglé sur 4 heures, je me love à l’intérieur de mon duvet. Les yeux ne résistent pas longtemps à mon rêve de mer. Demain sera un beau jour. Direction Le Bono, le golfe puis Belle île en mer. Je kiffe vraiment la Life ;). Alan

Benjamin Franklin débarque débarque à Saint Goustan
(dessin de Patrice Pellerin)

(*) Benjamin Franklin est né à Boston en 1706. Formé à l’imprimerie, il déménage en 1723 à Philadelphie où il deviendra imprimeur puis, plus tard, éditeur du Pennsylvania Gazette. Ses affaires lui apportent une aisance financière qui lui permet alors de se consacrer à la philanthropie et aux sciences. On lui doit notamment la création du paratonnerre en 1744 qui lui vaut une reconnaissance internationale. Engagé politiquement, Benjamin Franklin glisse au fur et à mesure des années en faveur de l’indépendance des colonies américaines. En 1775, débute la guerre d’indépendance qui oppose les colonies américaines à la domination de l’empire britannique. Dans ce contexte, le Congrès américain décide de lancer un plan d’action diplomatique vers la France. Trois commissaires sont désignés : Benjamin Franklin, Thomas Jefferson (qui sera finalement remplacé par Arthur Lee) et Silas Dean. Benjamin Franklin quitte alors Philadelphie et embarque, avec ses deux petits-fils, le 26 octobre 1776 pour un voyage qui va durer 30 jours. Un voyage long et périlleux car l’océan Atlantique est sillonné par de nombreux navires anglais.

Initialement, son voyage doit le mener tout droit jusqu’à Nantes, mais des vents contraires vont en décider autrement. Le navire Le Reprisal doit alors jeter l’ancre dans la baie de Quiberon. Benjamin Franklin se retrouve donc contraint de rejoindre la terre ferme en empruntant un voilier qui le débarque dans le petit port de Saint-Goustan à Auray, le 4 décembre 1776.

Port de Saint-Goustan à Auray en 1776.

Ses premières impressions françaises sont rédigées dans une lettre à sa sœur. Benjamin Franklin lui fait part du respect avec lequel il est reçu par la population. Sa correspondance témoigne également de son hommage à la beauté du pays d’Auray et … à celle de ses femmes. Benjamin Franklin souligne ainsi sa rencontre avec une femme croisée à cheval et décrite comme la plus belle femme qu’il n’ait jamais vue.

Peu de jours après son débarquement, Benjamin Franklin doit repartir en direction de Nantes mais par la route cette fois-ci, en passant par Vannes. Son voyage le conduira jusqu’à Paris à la rencontre du roi Louis XVI pour le convaincre d’apporter un soutien logistique, financier et diplomatique aux colonies américaines. Ses talents de diplomate et ses nombreux appuis dans le milieu mondain et scientifique, permettent à Benjamin Franklin d’honorer sa mission : un traité d’alliance, d’amitié et de commerce est signé en février 1778.

Peinture de Jules Breton

17 commentaires

  1. J’adore, tu nous fait découvrir des merveilles de ton pays mais en mode « le Fugitif », c’est génial !
    Et puis si c’est pour aller voir une grand-mère patraque…fonce 😉
    il me tarde de connaître la suite…
    il reste un peu tchaï ?
    La bonne soirée Alan et encore merci pour l’escapade pleine d’aventures et d’histoire

    1. C’est marrant. Tu es la deuxième à me demander une suite. Bon on va aller à Belle-île mais il faut que je reste en mode fugitif et que je délire un peu plus et que j’invente des personnages cocasses, des situations…Tout en faisant du tourisme « éducatif ». Woh le boulot! ;). Allez, ramène un mug que je te verses le reste de Tchaï !

  2. Il fallait dire que vous veniez me voir, je suis à 2 kms de ce petit port de St Goustan… pour la circonstance, je me serais déguisée en fausse mamie malade 😂😂😂 Bienvenu dans mon petit paradis et bon confinement 😘🌹

    1. Bonjour Swannaëlle. J’ai aimé faire ce billet (avec un peu de l’histoire du coin) et je j’attendais à un commentaire de ta part, bien évidemment vu ta proximité avec le lieu. La, le type est en mode fuite et solitaire. Si tu es entre Auray et le bono, je ferais peut-être un clin d’œil lors de la prochaine carte postale puisque je passerai par là pour rejoindre le golfe 😉 Bonne journée. Alan

  3. Bien joué Alan, tu as bien fait de lever l’ancre⚓
    Sors de ce confinement, rien de tel qu’une balade en mer pour se ressourcer. Profites bien de cette petite virée, et rapporte nous de beaux souvenirs de Belle-Île.
    Bien à toi, le marin⛵

    Ben

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