L’histoire des vrais Peaky Blinders

La série « Peaky Blinders » s’inspire de l’histoire de l’Angleterre victorienne, à partir de 1837. Règne à cette époque une misère qui a été décrite par de nombreux auteurs de l’époque, comme par exemple, dans les œuvres de Charles Dickens. Cette pauvreté sans fond a eu des conséquences sociales graves. Nos gouvernants feraient bien de relire l’histoire de ces hommes et de faire le lien avec ce qui se passe dans certains quartiers à notre époque, dite moderne… Voici leur véritable histoire. Alan

1870, Birmingham

Deuxième plus grande ville d’Angleterre et capitale industrielle du pays. Dans les rues boueuses, froides et humides de cette ville, criminalité, violence, alcoolisme, pauvreté et mortalité font partie du quotidien. La majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Les milieux ouvriers étaient particulièrement touchés par la pauvreté, il y avait beaucoup de maladies et aussi des problèmes liés à la surpopulation urbaine. Les ouvriers, pour survivre, n’avaient pas d’autre solution que de travailler à l’usine. Mais les places étaient très, très chères dans les usines… Dans les quartiers pauvres tels que Smeall Heath et Cheapside, de nombreux jeunes sont sans emploi ce qui les pousse à se tourner vers des pratiques illégales pour survivre.

Le gang des Cheapside Sloggers

Le gang des Cheapside Sloggers, qui peut se traduire par les Cogneurs de Cheapside, est alors né avec à sa tête John Adrian et son bras droit James Grinrod. Les Cheapside Sloggers font régner la terreur dans la ville et la police, très corrompue, a grand-peine à réprimer ces attaques qui se font à coup de ceinture à boucles lourdes et de lames de rasoir. Pendant près de 30 ans, les Sloggers vont régner sur les rues de la ville grâce au racket et à la violence.

« 400 durs à cuire ont apporté la violence sans discrimination dans le quartier de Cheapside, attaquant et volant« . 1872, Birmingham Mail

Les Peaky Blinders

L’hégémonie du clan des Cheapside Sloggers ne manque toutefois pas d’attiser jalousies et rivalités, et les Peaky Blinders s’allient en 1919 pour l’éconduire (et non durant l’entre-deux-guerres comme dans la série). Les hommes qui forment cette bande sont revenus brisés de la guerre de 1914-1918. Leur chef, Thomas Shelby, met tout en oeuvre pour que sa famille s’extirpe de la pauvreté. Ils se présentent comme un clan aussi distingué que violent. Ils s’appelaient Thomas Gilbert, Harry Fowler, Ernest Bayles, Stephen McHickie… et leur nombre est impossible à déterminer. Certains n’ont que 12-13 ans. Luttant pour étendre leur territoire, ils doivent aussi composer avec les délires de grandeur et de pouvoir de leur boss, qui ira jusqu’à s’adresser à Churchill.

Les activités des Peaky Blinders sont moins souvent criminelles que délictueuses, notamment concentrées sur des paris clandestins de courses de chevaux et des trafics de tous genres, d’alcool par exemple. Les Shelby sont à l’origine des «gens du voyage» (travellers) irlandais. Leur but est de sortir de leur condition inférieure pour s’élever dans la société… Peu importent les moyens employés. Cette origine explique leurs alliances avec d’autres clans, comme les Lee qui sont eux des romanis.

La solidarité de la famille Shelby, les fameux Peaky Blinders, dans la série est caractéristique des clans. Dans les langues gaéliques, la consonne latine «p» se transforme en «k», d’où l’évolution du mot latin planta (le pied, le greffon, la plante) en «clann» puis au «clan». Le clan est à l’origine fondé sur un lien de parenté, les membres se reconnaissent descendants d’un même ancêtre. C’est le cas des Shelby: Arthur, Thomas, John, Finn et Ada font partie de la même famille, ainsi que leur tante Poly Gray.

Après près d’une dizaine d’années de domination, l’influence croissante des Peaky Blinders a attiré l’attention d’un gang plus important, les Birmingham Boys, qui ont réagi violemment à l’expansion du groupe dans les courses d’hippodromes. Les familles des Peaky se sont par la suite physiquement éloignés du centre de Birmingham pour s’installer à la campagne. Au fur et à mesure de l’éloignement et de la disparition du groupe des Peaky Blinders, leur nom a été utilisé pour décrire plus communément les jeunes de rue violents.

Le crime, la morale et le droit

Steven Knight réussit à merveille à rendre compte de la situation du Royaume-Uni après la Seconde révolution industrielle. La criminalité fait partie du quotidien. Le mot «crime» a d’ailleurs une origine intéressante. Il est apparenté au «krima» grec, le jugement, qui dérive lui-même d’un verbe signifiant «séparer, trancher ou juger». Sa signification a été modifiée au fil du temps pour devenir un objet de contestation ou de querelle, puis enfin donner le sens moderne de «grave infraction à la loi morale ou à la loi, contraire à la conscience et réprimée par le droit».

Le coup de la casquette

Les Peaky Blinders devaient tout simplement leur surnom aux casquettes plates à visière qu’ils portaient, une pièce particulièrement populaire chez les jeunes hommes de la classe ouvrière à l’époque. Quant aux fameuses lames de rasoirs qui faisaient soi-disant couler le sang de leurs rivaux, elles étaient considérées à la fin des années 1800 comme des objets de luxe que les Peaky Blinders n’auraient pas pu s’offrir, selon l’historien auteur de «The Real Peaky Blinders» / Carl Chinn, cité par le «Birmingham Mail»

Présentation (excellente) de la série par Othmane Chen

https://youtu.be/TnOjRUkmUBM

7 commentaires

  1. Merci Alan,
    et bravo pour cet article comme d’habitude très intéressant et complet. J’y ai appris bien des choses.👍
    Ce fut une sombre période où les gens devaient faire face à de grandes iniquités qui ont détruit la société de cette époque. Il faut espérer que nos dirigeants actuels finissent par s’en rappeler afin que nous ne soyons pas replongés dans l’ambiance d’un ouvrage de Dickens.
    Je te souhaite un excellent dimanche
    Ben

    1. Salut Ben. J’espère que ton moral remonte!
      Historiquement cette série est intéressante car elle nous montre l’envers du décor. On nous parle souvent des chateaux (Downtown Abbey par ex) et des belles princesses et des « gentlemans »(qui ne l’étaient pas forcément…il y a ce sombre décor de charbon, de guerre et de crasse, d’effort physique surhumain que nos anciens ont connus. Parler d’enfer ici est juste. (« Quelle vie ont eu nos grands parents- Pourquoi ont-ils tués Jaurès?…/Jacques Brel/les marquises).
      Toutes ces guerres et cette crasse vient de l’industrie et de son appétit de charbon, d’acier, de canons, de propriété et de conquête.
      Auprès de mon arbre, j’étais si heureux, je n’aurais jamais du le quitter des yeux/Jacques Brel. Bonne journée Ben et merci pour tes retours. Bon courage

  2. Bonjour Alan,
    J’ignorais tout cela, d’autant que je n’ai pas vu la série.
    J’ai essayé de la regarder, mais si mes souvenirs sont bons ça commençait par une scène violente, et je n’ai pas réussi à aller plus loin, je suis un public sensible 😉
    Mais ton article me donne envie de regarder cette série, j’ignorais que Peaky Blinders était basé sur une histoire vraie.
    Ton article est fouillé et riche, j’apprends plein de choses, pour tout cela merci Alan !!
    P.S: ton article m’a rappelé un souvenir cinématographique qui peut t’intéresser…
    « Le cheval venu de la mer » ( Into the West ) de Mike Newel, film basé sur la mythologie irlandaise qui raconte le quotidien d’une communauté de travellers en Irlande, ce film est magnifique, je te le recommande
    Bonne journée Alan

    1. Merci pour tes échanges. Je découvre en toi une personne passionnée, enthousiaste et généreuse. C’est 🦉!
      Oui, c’est conseillé 16 ans minimum ;). C’est moins violent que je pensais. Il y a des scènes fortes mais ce n’est pas gore non plus…C’est juste l’enfer social…J’ai ajouté des éléments dans le commentaire à Ben si tu veux aller voir.
      Merci pour l’info sur ce film. Le titre me plait déjà… Je suis très sensible aux origines celtiques, gaéliques. Ce sont mes origines et j’en suis fier!
      Belle journée et bonnes soupes et compotes de potimarrons! Alan

      1. Merci Alan,
        c’est bon d’être passionné et de vibrer pour les bonnes et jolies choses, la culture me rend heureuse !!
        Tu as raison d’être fier de tes racines, les cultures gaéliques et celtiques sont tellement riches, je t’envie…
        je suis d’origine normande et basco-landaise, c’est pas pareil et en plus je suis née en Nouvelle-Calédonie…ça complique le pedigree 😉
        Bon appétit,
        Swannaëlle a trouvé le chemin de ton blog, elle est ravie !!

  3. Bonjour Alan, j’ai vu toutes les saisons de cette série, j’ai adoré!!! Merci pour cet article riche en détails … et de plus, il me semble que nous avons tous deux des origines celtes d’après ce que je viens de lire au dessus 😉 Suis les conseils de Corinne, ce film est magnifique ! Belle journée 🌹🌹🌹

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s