Dossier / La novlangue / « Comme on nous parle… »

Savez vous parler la novlangue. Non, pas vous? D’autres, oui! Certains politiques, hommes d’état, journalistes, managers connaissent très bien ;). « Reprise qui décélère », « Inflation négative », « Émanciper » au lieu de libéraliser, ça vous « parle » plus? Non, normal. Ce langage particulier, avec son idéologie techniciste accessible aux seuls initiés, a vidé de sa substance le débat démocratique et tente de le faire disparaître progressivement en lui enlevant les mots justes. La maîtrise de cette novlangue cultive l’illusion d’une expertise savante ne souffrant aucune discussion et constitue un danger pour la démocratie. Je vous invite à regarder en premier lieu cette vidéo de France Culture qui introduit bien les choses. Je trouve qu’il est important pour notre société humaine de bien comprendre cette manipulation individuellement pour mieux l’anéantir collectivement. Bonne lecture. Alan

https://youtu.be/cImpzHYT84s

La novlangue est la langue de l’oligarchie et notamment des médias. Il s’agit d’une langue idéologique car elle exprime l’idéologie du Système oligarchique occidental. Les médias ont, selon Jean-Paul Fitoussi, acquis une maîtrise dans cette pratique du discours creux : ils sont passés de l’information à la communication, c’est à dire à la propagande : « pacte de stabilité et de croissance », « pacte budgétaire » (« fiscal compact » en anglais), « two-pack », « six-pack » sont autant d’expression qui rendent le discours flou et empêchent de le comprendre et d’exercer le sens critique.

« C’est une tromperie sur le langage et par le langage » Michel Legris, Le Monde tel qu’il est, 1976

« La novlangue technique a vocation à se substituer au vocabulaire politique. Or, le propre de la technique est d’apporter une solution à un problème, non de débattre » Baptiste Rappin (maître de conférences à l’Université de Lorraine et auteur de l’ouvrage Au régal du management – Le Banquet des simulacres)

« Pognon de dingue » par exemple, utilisé par Macron est une des illustrations extrême de la novlangue qui rend les chômeurs et les pauvres responsables du fardeau qu’ils font peser sur la société. « Pognon de dingue » est un synonyme d’assistanat mais dit dans un langage populaire, cela permet d’inverser les responsabilités. Habile mais sournois…. Autre exemples : « Premiers de cordée »pour les riches, « Émanciper » pour libéraliser, « Transformation » pour réformer,…

La novlangue et le discours médical

Dans la crise majeure du Coronavirus, il faut être particulièrement vigilant car le langage médical est un langage hyper technique et il devient facile de manipuler les opinions. Le langage médical adopté par les tyrans reflétait autant leur haine sans bornes à l’égard de ceux qu’ils considéraient comme leurs ennemis, tout autant qu’un cynisme atteignant des cimes himalayennes — la SS implicitement présentée comme une organisation humanitaire en est un exemple édifiant. C’était une novlangue calquée sur le discours médical. Elle permettait de masquer, derrière le paravent des bonnes intentions, les pires abominations. Mein Kampf fourmille d’expressions et de termes avilissants pour désigner les Juifs : « peste », « bacille », « poison », « infection », « saleté »… Pour les nazis, un Juif était, physiquement, un agent infectieux. Pour eux, une personne handicapée était, du fait même de son handicap, un élément indésirable. Elle a servi d’instrument efficace aux systèmes utopiques pour broyer les individus en annonçant, finalement, le contraire de ce qui était fait. On se souvient que dans 1984, c’est le même procédé qu’utilise Big Brother : « La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage… » La langue fut ainsi la victime collatérale des tyrannies que l’on vient d’évoquer.

Georges Orwell, inventeur de la « Novlangue » / 1984

Syme (du Service des recherches au Ministère de la Vérité) : « Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. (…) Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. (…) La révolution sera complète quand le langage sera parfait. » George Orwell, 1984

Le but de la novlangue dans 1984 est de parvenir à l’anéantissement de la pensée et remplacer le sens par le signal.

George Orwell était écrivain, penseur, mais aussi praticien du langage. Dans son roman «1984», il invente la «novlangue», un langage dont le but est l’anéantissement de la pensée, la destruction. Il n’a pas été seulement, en tant qu’écrivain, un praticien du langage. Il a beaucoup réfléchi sur la « politique de la langue ». Dans un essai de 1946, il écrit que « penser clairement est un premier pas vers la régénération politique« . Il avait le sentiment de vivre à une époque où la langue se dégradait, ce qui rendait plus difficile de décrire honnêtement la réalité. Il mettait en accusation le flou qui dissimule la pensée, la tendance au slogan qui tend à imposer des idées fausses par la simple répétition, le jargon pseudo-scientifique qui tend à donner un air de neutralité à des arguments en réalité idéologiques, l’usage malhonnête des mots.

Émission radio de France Culture sur la novlangue : https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=9639745c-38b9-4e85-9982-f3bd81b9141e

Le « newspeak »

Le newspeak est destiné à empêcher les gens de commettre des « crimes contre la pensée » . Dans cette langue certains mots sont volontairement détruits pour empêcher les gens de conceptualiser des pensées contraires à la ligne du parti. Il désigne aussi sous des termes positifs la terrible oppression d’Océania (« la liberté c’est l’esclavage ») et sert aussi à diaboliser ceux que le parti désigne comme ennemis (« le quart d’heure de la haine »). C’est une composante du Système totalitaire d’Océania, un pays fictif, présent dans le roman 1984 (*)) qui repose sur :

Une surveillance généralisée de la population (les révélations de Snowden) ;
La télévision qui vous regarde et qu’on ne peut éteindre (télécran = internet ?) ;
Le ministère de la Vérité (qui réécrit notamment constamment le passé conformément à la ligne du parti) ;
L’interdiction de l’amour car la préférence, contraire à l’égalité, est un délit.

Nous vivons aussi dans un régime de surveillance généralisée et où les médias sont omniprésents (il y a de plus en plus de télévisions dans l’espace public et chacun passe en moyenne plus de 3 heures par jour [soit 38% du temps disponible hors sommeil et travail] devant la télévision ; les enfants de 4 à 14 ans passaient 2h18 devant la télévision en 2003).

La novlangue remplit les mêmes fonctions que le newspeak orwellien :

Tenter de changer la réalité, c’est-à-dire cacher la réalité existante
Rééduquer la population pour qu’elle se conforme à la ligne souhaitée par l’oligarchie au pouvoir ;
Diffuser l’idéologie dominante, en faisant croire que ce n’est pas une idéologie mais la normalité (des faits [info] ou des « valeurs »).

La propagande publicitaire

La publicité est la première des propagandes (cf. Edward Bernays, Propaganda, 1928). Bernays était un neveu de Freud et l’un des pères de la publicité américaine. La publicité a 2 fonctions au service du Système capitaliste, provoquer en permanence l’achat compulsif et détruire la conscience de classe, développer l’individuation (et présenter la consommation comme remède à tous les maux sociaux provoqués par le capitalisme).

https://youtu.be/V_SNDGwwGFM

Alternative facts / La novlangue Trump

En lisant l’information livrée par le Washington Post du 15  décembre 2017, on ne peut pas ne pas penser à Orwell. L’administration présidentielle a interdit à la plus importante agence de santé publique américaine, le Center for Diseases Control, qui dépend du département de la Santé, d’employer certains mots et expressions dans les documents officiels de préparation du budget 2019.

https://youtu.be/Xbo0afZhxqU

À lire les sept termes visés, on reconnaît des obsessions du président américain. « Transgenre », premier des mots prohibés, renvoie à la question de l’identité. Donald Trump a voulu interdire aux personnes transgenres de servir dans l’armée. Il combat la reconnaissance des droits des homosexuels et des transsexuels. En voulant effacer le mot « fœtus », il épouse un autre combat emblématique d’une partie de la droite américaine, la remise en question du droit à l’avortement. Les trois termes suivants sont plus généraux et conceptuels, mais désignent des valeurs critiquées par le président : « diversité », qui fait référence au modèle multiculturel américain, « droit », qui assure la prééminence du juridique sur le politique et l’économique, et « vulnérable« .

La même technique de réduction du langage s’applique aux effets du changement climatique que l’administration américaine veut minimiser

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