Poésie / Anna / Alan Mabden

Quand je t'ai vu coiffer tes très longs cheveux noirs
Devant le miroir de l’armoire à pharmacie
Je t’ai dit que je te trouvais belle
Tu m’as dis « oh tu sais » comme l’air de ne plus y croire
Mais j’ai insisté et tu m’as glissé un merci touchée coulée
Je n’étais qu’un enfant au plus pur du sincère
Qui aimais une femme pétrie d’humanité
Une âme qui te pose deux briques brûlantes
Entourées d’un linge épais au fond d’un lit froid
Dans une chambre sans chauffage
Qui borde ton édredon immense
Comme le soin qu’elle t’apporte
Comme le baiser qu’elle te donne
Et je lui dis : « merci Mamie »
Mes yeux captés par ses lumières
Firmament d’un amour radieux
Qui t’enveloppe de sa chaleur
Je me sentais dans un château fort
Ou malgré ma peur du dehors
De la nuit et du froid qui mord
Je rêvais à des demain sans fin
A un nouveau feu, un nouveau brasier
Le spectacle rougissant du fagot brulé
Ou tu déposais doucement sur le tamis de braise
Le trépied dans la fournaise
La fonte large et lourde du bilig
Un peu de saindoux étalé sur cet autel de fer
Et de ce geste sûr et répété de mère en mère
Assise sur un tabouret de traite
Tu étalais avec le rozell l’onctueuse pâte de sarrasin
Je voyais la délicieuse galette se former
Ou tu posais deux œufs et du fromage
De ta ferme autonome
De tes animaux traités avec soin
Toi la femme silencieuse devant son âtre
Tu me servais ce cadeau de toute une vie
Ce souvenir gravé dans mon enfance à jamais
Un repas simple au goût incomparable

Anna, dans ta maison d’après la guerre
Tu t’es juré de ne plus jamais avoir faim
Que ton mari, tes enfants et petits enfants
Ne connaîtraient plus la misère
Humble paysanne bretonne
Tu cachais tes émotions
Comme une femme qu’on façonne
Pourtant un jour
Je t’ai vu pleurer
Dans la chambre de l’amour
Ton Célestin, Le bien nommé
Qui s’en va et qui pourtant reste là
Comme un homme de l’au delà
Que tu rejoindra plus tard
Dans le grand éternel

Anna, tu es toujours belle
Tu es dans mon ciel
Comme une référence,
Une étoile au cœur pur
Dans mon univers
Simple humaine sans vanité
Tu traverses ma mémoire
Comme un cheval blanc
Qui voyage au delà du temps
Tu es un phare
Un repère à jamais
Les fondements d’une maison
Aux fondations indestructibles
Que viendront habiter
L’’âme de mon humanité

©Alan Mabden/  Publié le Mercredi 12 Août 2020 / Tous droits réservés

Ce texte est dédié à ma grand mère maternelle. Avec le temps, je ne me rappelais plus le jour de son anniversaire. pourtant, je l'ai écrit ce jour là...

9 commentaires

  1. Bravo Alan, on sent que tu tenais beaucoup à elle. Ce devait être une dame formidable, qui a sans doute beaucoup contribué à façonner la belle personnalité que tu es.
    Tu peux être fier de ta Grand-Mère, comme elle peut l’être de la personne que tu es devenu.

    Bien à toi
    Ben

    1. un grand merci Ben. Tes mots me touchent profondément. Dans sa maison, il y a eu beaucoup de bonheur, de rires, d’échanges. La vraie richesse est là. Je ne doute pas que toi aussi, tu as connu des personnes de grande valeur. A bientôt, Alan

    1. Très touché. Quand je l’ai connu, je n’ecrivais pas mais nous étions très complices. Elle était rigoureuse sur le français et me reprenais régulièrement ;). J’avais besoin d’ecrire ces mots pour elle mais aussi pour toutes celles qui ont été bienveillantes et nous ont porté, dans tous les sens du terme. Je dois beaucoup au feminin. Il doit être porté haut. Bonne semaine. Akan

  2. Qu’il est beau ce texte, Alan, mais qu’il est beau ! Je l’ai relu trois fois Et à chaque fois avec toujours la même émotion. Ça vient du fond du cœur, et ça ressent.
    Tu as adouci mon insomnie. Merci Alan. 😘❤🌹

    1. Alors là Solène, ce compliment me touche profondément. D’autant plus qu’il vient de toi, une personne sensible, qui aime la poésie et qui elle-même compose de belles broderies du cœur. Oui ça vient de loin. Il y a des échanges qui comptent dans la vie d’un enfant. Elle parlait peu mais aimait beaucoup. Je suis heureux que toi aussi elle t’ai touchée. Je ne sais pas si elle m’entend mais si elle a disparue physiquement, elle est toujours la, comme un repère. Et puis ça va au delà d’Anna. Je remercie toutes les femmes qui ont donné, aimé sans relâche, ces héroïnes du quotidien. Et puis Anna est un prénom ancrée dans la mer et la terre bretonne. J’ai vu ces femmes hyper discrètes être au premier rang des manifestations en Bretagne habillées et coiffées de tenues traditionnelles. Elles avaient le caractère trempé dans la justice du cœur et la fraternité dans le sang.
      Merci encore Solène pour avoir écrit ton ressenti. Je suis heureux d’avoir adouci ton insomnie 😉
      Alan 💗🌹💥

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