De l’impossible possible / Alan Mabden

Nouvel exercice pour moi, imposé cette fois mais avec aprobation. Voici le concours proposé par Laurence Délis https://palettedexpressions.wordpress.com/

Pour l’agenda ironique de juin, l’impossible devient possible ! A partir de la citation de Lewis Carroll et des illustrations de gravures de M.C. Escher proposées, imaginez que l’impossible devienne possible.

Petite contrainte supplémentaire : il faudra débuter votre récit avec la phrase d’ E Allan Poe : « L’été, la nuit les bruits sont en fête » et le terminer avec celle de Lewis Carroll (encore lui!) : « Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. »

Le lien de votre texte pourra être déposé en commentaire ci-dessous jusqu’au 24 juin. Ensuite, lecture pour tous et votes jusqu’au 30 juin. https://palettedexpressions.wordpress.com/

De l’impossible possible / Alan Mabden

L’été, la nuit, les bruits sont en fête. Ce soir là, Je savourais cette symphonie que compose la nature depuis mon voilier que j’avais mouillé sur une aquarelle se fondant avec le ciel clair-obscur dans une palette magnifique d’orangés, de roses et de bleus. Ce spectacle son et lumière était grandiose. Je m’allongeais dans le cockpit, bercé par le mouvement lent d’une houle finissante, par ces chants naturels apaisants, espérant offrir à mes yeux la belle magie des étoiles filantes.
Je pensais que cet infini allait m’appartenir jusqu’au petit matin mais tout le monde n’a pas la même notion des bruits et de la fête. Au bord de la plage, des adolescents débarquant soudainement avec leurs délicats Bluetooth venaient d’anéantir mon doux projet, en oubliant temporairement leur avenir sur de la techno, transperçant ce monde idyllique de leurs basses percutantes.
Une fois la surprise passée et ma colère intérieure maîtrisée, je décidais de ne pas lutter contre l’impossible et levait l’ancre pour retrouver un nouvel havre de paix. Pendant que je quittais cette crique sur des vagues douces et régulières, un être invisible à mes yeux percevait depuis les profondeurs ces sons venus de la plage sous forme de sourdes vibrations. J’aperçu d’abord une forme luminescente à bonne distance de mon navire puis je la vis remonter à la surface et suivre le voilier pendant un long moment. Je n’arrivais pas à cerner dans cette nuit sans lune de quel animal il s’agissait.
Je ralentis mon allure. Attisé par ma curiosité, je déviais mon cap pour aller à sa rencontre quand il disparu comme s’il s’agissait d’un jeu de cache-cache. Je décidais de couper le moteur et de faire du sur place en plaçant mes voiles à la cape. Une lueur argentée se rapprocha.
Quand je la vis soudain, tête hors de l’eau, ce fut un choc émotionnel. J’ai cru être happé par un rêve. C’était impossible. J’ai cru en tout premier lieu à une hallucination. Il s’agissait d’un être mi-humain, mi-animal fait de lumière et de transparence, une créature extra-marine qui semblait venir du ciel et des profondeurs, du royaume des contes et des légendes. Cette femme-poisson était très sereine, n’émettait aucune inquiétude et ne réclamait aucun secours. J’essayais de communiquer avec elle, en vain. Je lui tendais la main très lentement et lorsqu’elle me tendit la sienne, je ressentis de la chaleur, une énergie apaisante. Son visage magnifique irradiait d’un amour envoûtant. Je restait figé un bon moment , comme hypnotisé, puis, reprenant temporairement mes esprits, je la hissais à bord avec détermination. J’étais à la fois émerveillé et tétanisé. Je restais sans voix. Que faire? Cette situation était anormale. Je n’avais rien bu, pris aucun médicament ou drogue.
Son regard me captait comme si j’étais happé par l’irréel, l’impossible situation face à une créature d’une douceur divine et d’une beauté indescriptible. J’étais, pour la première fois de ma vie et sans doute de l’histoire des hommes, en présence d’une sirène de lumière. Je tremblais d’émotions, la respiration en apnée, dans l’impossibilité d’agir et de prononcer le moindre mot.
Elle me pris les deux mains et mon cœur se mis à battre comme un tambour en transe. Elle mis de la chaleur sur mon torse et je me calmais. Elle se mit, à ma grande surprise, à me parler d’une voix douce de sa vie, de ses rêves. Elle me raconta que la nuit, elle montait avec une allure élégante un grand escalier bizarre avec des marches dans tous les sens comme dans ce tableau de M.C. Escher. Arrivée au sommet, ses écailles se transformaient en plumes et ses bras devenaient des ailes. Mais au moment de prendre son envol, une force puissante la retenait. Un bras invisible la tirait vers le bas et l’obligeait à redescendre l’escalier. Elle tentait de remonter les marches mais elle était prise par ces deux forces contradictoires, l’une la dirigeant vers le haut et l’autre vers les profondeurs, comme un labyrinthe de marches vers une destination impossible. Finalement cette force invisible gagnait, lui mettait la tête sous l’eau pendant de longues minutes, dans une apnée impossible à tenir. Alors, au bord de la noyade et dans un cri terrible, grâce à une force de vie phénoménale, elle réussissait à sortir la tête hors de l’eau et à reprendre son souffle. C’était un mauvais cauchemar, comme elle en faisait souvent. Toujours le même. Elle devenait presque liquide. Sa respiration était suffocante et, progressivement, elle reprenait ses esprits, allongée sur son lit d’algues fraîches au bord de cette plage que j’avais quitté, il y a quelques minutes.
Elle me raconta sa première rencontre avec celui qui allait partager sa vie, son mari-marin qu’elle avait croisé dans un bar du port, un soir de grande détresse. Il était puissant, avec un torse plein d’écailles, l’œil rond et saignant. Il commença à lui raconter sa vie et ses mésaventures avec les autres femmes qu’il avait connu, avant de rencontrer son ange.
Il avait vécu avec une paysanne du bord de la côte.
« Tu sais », lui dis t’il, « c’était l’enfer avec elle. Elle était dure, sans concessions, ne pensait qu’au travail et s’endormait le soir venu comme une masse funèbre, émettant des sons improbables qui faisait résonner notre maison de pêcheurs. Elle ne m’écoutait pas mais parlais beaucoup. Lentement, au fil des ans, je déprimais. Alors, je sombrais doucement dans l’alcool et chaque soir, une fois qu’elle était endormie, je sortais dehors respirer l’air doux de l’été, la tête dans les arbres. J’errais, ivre dans la petite ferme, et je parlais aux animaux qui évidemment ne comprenaient pas les mots insensés qui sortaient de ma bouche. Alors, doucement, je m’affalais dans le jardin, les yeux explosés face aux étoiles et avant de rejoindre les ténèbres, calé dans la cabane à outils, je riais une dernière fois de mon imaginaire vaporeux et finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive…

Alan/ Pigrai Flair – La culture a du sens / Dimanche 28 Juin 2020

7 commentaires

  1. Ton récit est à l’image des contes de la mer, imprégné de l’étrange qui se mêle au réel… tout l’impossible dans le possible ! 🙂
    Merci pour ta participation Alan. C’est un grand plaisir de te voir rejoindre l’agenda.
    J’ai ajouté le lien de ton texte afin que l’on puisse venir te lire. (et j’essaie de t’intégrer aux sondages)
    Bon dimanche à toi

  2. Bravo Alan, ton texte est vraiment superbe. Tu as su relever à merveille ce sympathique défi littéraire.
    Merci de nous avoir partager une fois de plus ton talent d’écriture, et ta passion pour l’océan.
    Je te souhaite une belle journée

    Ben

    1. Merci Ben pour prendre ce temps d’ecrire ces mots qui me touchent. Ce défi n’était pas simple avec cette brouette qui débarque à la fin ; … Si tu as un peu de temps, tu verras d’autres textes qui relèvent ce même défi sur la page de Laurence Delis (le lien est au début de l’article)
      Très belle journée à toi. Carpe Diem!
      Alan

  3. Je n’ai pas vu passer le temps, embarquée par le décor surréaliste, la rencontre avec cette sirène fantastique. Heureusement que nous avons accosté pour pouvoir croiser la brouette avant la fin… Bravo !!

    1. Merci beaucoup Verojardine ! Heureux de vous avoir « embarqué » pendant quelques minutes. J’ai envie de continuer le récit entre cette merveilleuse sirène et ce nouveau marin rencontré par cette belle nuit. Merci aussi de vous être abonnée à mon blog. Bonne soirée, Alan

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