Thione Niang / Une nouvelle voix pour l’Afrique

Il y des personnes qui ont un destin. Thione fait parti de ces gens là qui peuvent éclairer le continent Africain et sa jeunesse. Il n’est pas seulement brillant. Il est habité par cette sagesse, ce pragmatisme propre aux gens d’Afrique et possède un grand charisme . Sa rencontre avec Barack Obama aura été déterminante sur son chemin. Il a ce même déterminisme, un fonctionnement positif basé sur l’action et l’exemple. A suivre de très près… Alan

Parcours

Le parcours de Thione relève de l’une des success-stories les plus emblématiques des États-Unis. En 2008, alors qu’il n’avait que 30 ans, il a fait partie du comité de la campagne de Barack Obama en tant que« community organizer » des jeunes démocrates. On lui doit le légendaire slogan « Yes, we can ».

Issu d’une famille pauvre et polygame du quartier de Medina Baye, à Kaolack, une ville du centre du Sénégal, à l’âge de 16 ans, il part terminer ses études secondaires au lycée Blaise Diagne à Dakar. En 1998, comme tant d’autres, il rêve des États-Unis où est déjà partie toute une vague de jeunes Sénégalais depuis le début des années 1990. Son objectif, des plus banals au Sénégal : aider financièrement sa mère, ses frères et ses soeurs. À quatre reprises, il demande le visa, avant d’atterrir en 2000 à New York, dans le Bronx, avec 20 dollars en poche. La solidarité qui prévaut dans la communauté sénégalaise des États-Unis fonctionne à plein. Il est accueilli par des contacts, et trouve vite un emploi dans un restaurant.

Ses connexions le mènent à Cleveland, Ohio, où il travaille dans un hôtel Marriott tout en poursuivant ses études et en enseignant le français dans un quartier noir de la ville. “Ce travail m’a réveillé, raconte-t-il. Je voyais beaucoup de jeunes Africains-Américains de 14 et 15 ans qui allaient en prison. Je me suis demandé comment faire une différence dans cette grande ville où les jeunes Noirs sont laissés à des familles de mères célibataires, sans mentor ni rôle modèle. La crise économique frappait dur, à cause de la délocalisation des industries de Cleveland vers l’Asie”.

«Si vous ne pouvez pas travailler et prendre soin de vous, vous devenez dépendant et vous ne pouvez pas faire grand-chose pour contribuer à la société.» ~ Thione Niang

Et sept ans plus tard, il s’engage comme volontaire dans la campagne d’un conseiller municipal démocrate, Kevin Conwell. Dynamique, il participe dans la même période à la campagne du candidat à la mairie Frank Jackson en tant que directeur adjoint. Ensuite, il rejoint la députée noire Shirley Smith, présidente du Black Caucus pour l’Ohio, candidate aux sénatoriales qui lui a permis de faire la rencontre en 2006 de Barack Obama.

Demain, tu gouvernes le monde !

PS: Ne ratez pas son interview par France Inter :

https://youtu.be/HomWaKc5pKc

JeufZone

Persuadé que tout leadership consiste à donner l’exemple, il a décidé depuis quatre ans de cultiver des champs au Sénégal. Sur 75 hectares, il pousse les jeunes à changer de perspective sur l’agriculture et l’initiative en général.

« Ce n’est pas un travail de pauvre dans des villages sans eau ni électricité qu’il faut absolument quitter pour trouver un job de gardien à Dakar. L’agriculture est noble, elle compte parce qu’elle est la base de notre indépendance économique. C’est elle qui nourrit le pays. » Thione Niang. 

Il fournit des terres, de l’eau, du matériel avec son entreprise JeufZone (“Zone d’action” en anglais et wolof), mais pas de salaire. JeufZone se rembourse en prenant 50% des bénéfices sur les ventes de tomates, et veille à construire un réseau de distribution indépendant, pour créer toute une chaîne sans intermédiaires. L’entreprise approvisionne ses propres restaurants jusqu’à Dakar, et a monté un site Internet pour délivrer ses produits frais. JeufZone propose aussi des formations de six mois à l’agriculture et la gestion.

Dès 2009, inspiré par un discours d’Obama, il pense à lancer sa fondation, qu’il baptise Give1 Project. Présente dans 34 pays à travers le monde, dont 23 en Afrique, elle se préoccupe du sort et de l’autonomie des jeunes. Il se sent concerné par le sort des jeunes migrants, jusqu’au Salvador ou au Guatemala qui tentent l’aventure vers les États-Unis au péril de leur vie. Thione Niang veut les aider à se construire un avenir chez eux, dans leur pays, en les formant et incubant des porteurs de projets. “Je suis allé à Ceuta, à la frontière entre le Maroc et l’Espagne, et j’ai vu le même phénomène, témoigne-t-il. Des gens traversent l’océan pour chercher des opportunités en Europe. Je les ai rencontrés, ils vivent dans les forêts, dans des conditions difficilement explicables.”

https://youtu.be/fDQw3fQGNXg

Ses personnes référentes

Chez lui, se succèdent en noir et blanc les portraits géants de Nelson Mandela, Martin Luther King, Rosa Park, Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie musulmane des mourides au Sénégal, Barack Obama trône près de la télévision, plus petit que celui de Bob Marley, sous un immense cadre en verre posé à même le sol. Ici, des livres et là, une guitare. Sur le mur, une autre fresque représente Thione Niang aux États-Unis, entouré par ce qu’on devine être sa famille, ses amis, sa communauté. Le portrait de son défunt grand-père Mam Thione, en médaillon dans le ciel, veille sur son monde.

Nio far (“On est ensemble”)

Son expérience avec Give1 Project lui vaut des invitations dans bien des conférences, au Medef en France et pour un discours TEDx notamment. Elle l’a conduit à faire une tournée dans dix pays d’Asie pour parler d’entrepreneuriat social.

“Le capitalisme tel qu’il est pratiqué aux États-Unis ne fonctionne pas, dit-il. Au final, il oublie la base, les masses, et génère des inégalités impossibles à combler. L’entrepreneuriat social vise ces inégalités, il se situe entre le monde des affaires et les associations à but non lucratif, pour faire du bien tout en faisant de l’argent.”

“Nous ne faisons que du concret et du sérieux, poursuit-il. On ne vend pas du vent, car nous sommes ici chez nous”. Nationaliste africain, très attaché au rêve panafricain de ses aînés, il a repris pied au Sénégal en 2015. Il critique le contrôle exercé par des capitaux étrangers sur les économies africaines, mais ne veut surtout pas faire de politique chez lui, où il est redouté pour sa force de frappe potentielle. Pour éviter de devenir une boule dans un jeu de quilles, il ne parle plus à la presse depuis deux ans. “Il est possible de changer les choses par l’entreprise”, résume-t-il, tout en pointant la responsabilité de tous dans sa société, dans la longue chaîne de “dépendance” qui fait qu’un actif fait vivre “30 personnes en moyenne”.

Également actif dans le mégaprojet Akon Lighting Africa, qu’il porte avec le rappeur Akon et leur associé Samba Bathily, Thione Niang voyage constamment. Il revient tout juste du Japon où il a rencontré des partenaires qui ont développé des drones pour gérer l’irrigation des champs. Ce jeune quadra a déjà écrit ses Mémoires d’un éternel optimiste (Washington Publishing), pour raconter sa jeunesse et motiver ses lecteurs. Il a la vie devant lui, pour réaliser ses nombreux projets.

https://youtu.be/Pon2Y6IzrTM

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