Larguer les amarres / Rêve Prémonitoire (Episode 4) / Alan Mabden

Nous naviguions dans une brume d’une blancheur intense comme au cœur d’un nuage de lumière. Les voiles étaient de nouveau tendues, aspirées par une force inconnue. Spirit semblait connaitre le chemin, trouvant seul son équilibre, comme si une main invisible avait pris la barre. Nous n’entendions plus le bruit des vagues sur la coque, seulement le souffle d’un vent doux et régulier nous poussant vers un destin inconnu. Nous ne distinguions plus rien. Les instruments continuaient à être totalement désorientés. Impossible de faire le point avec le GPS défaillant ainsi qu’au sextant car le ciel restait invisible. Aucune communication possible. Nos portables étaient trop loin des émetteurs de la côte.

Tom, pince moi fort, me dit Anna. Je ne suis pas sure d’être encore vivante, me dit-elle avec un regard rempli d’inquiétude.
Mais tu es bien vivante, ma chérie! Te me parles et je t’entends. Et toi, tu m’entends?
Cette fois oui, me dis t’elle avec un brin de malice mais avoue que ce que nous vivons est étrange. Cette lumière, ces vibrations intenses sont anormales. Tu les a bien perçues comme moi, dis?

Oui, rassure toi, j’ai bien vécu la même chose. Peut-être que nous avons eu affaire à un énorme sous marin en mission dans ces lieux, remontant à la surface et émettant avec ses projecteurs une lumière puissante. Les vibrations venaient sans doute de ses turbines et leurs sonars ont eu un impact magnétique sur nos instruments.

Et l’eau, tu entends l’eau, le clapot, les vagues?
Elle vis mon regard vaciller.
Pince moi, dis t’elle. Vas y et fort!
Je m’exécutais sans trop forcer. Elle ressenti une légère douleur qui la fit grimacer, lui donnant cette bouille de gamine espiègle que j’adorais.

A son tour, elle me pris le bras énergiquement et me pinça le biceps avec une force inouïe.
Tu es complètement dingue ou quoi?
Je hurlais pour de vrai. Ce n’était pas du cinéma.
Tu vois bien que un, je suis en vie et que, deux, tu m’a niqué le bras. Non mais ça va pas bien!

Donc nous sommes en vie…, dis Anna, imperturbable, pensive.

!Et ce voilier qui se conduit tout seul comme un grand, sans pilote automatique, sans régulateur d’allure! Ces voiles qui se règlent elles mêmes, c’est pas dingue ça ?, me cria t’elle avec une voix qui traversa l’univers de toute son énergie.
Mes lèvres se pincèrent d’inaptitude à trouver une réponse.

Je vais appeler Gwen sur la B.L.U. Il nous dira ou nous nous trouvons.
Un appareil BLU est un moyen de communication radio maritime à couverture mondiale que nous avions embarqué pour donner ou avoir des nouvelles de nos amis et de la famille et aussi pour notre sécurité en mer en cas de détresse. Utilisant les ondes courtes, la qualité était assez médiocre mais suffisante pour communiquer.
Une fois calé sur la bonne fréquence, je contactais notre assistant à terre.
Allo Gwen, Allo la terre ! dis je en décochant un sourire de vainqueur vers Anna.
Au bout de trois tentatives, j’entendis la voix de notre cher radio breton. Il était fou de joie!
Alors, comment ça va les extra-terrestres? dit Gwen.
Nos regards complices se croisèrent un instant.
Pas mal, pas mal. On a juste un problème. Une sorte d’orage magnétique. Nos instruments déconnent. On est entouré d’un brouillard blanc épais et bizarre. Bref, on sait pas ou l’on est précisément. J’ai rallumé la balise pour que tu puisses nous repérer. Dis moi ou l’on se trouve car ça devient flippant. Mais avant, comment ça se passe pour vous, à terre?
Pour nous, c’est l’enfer. Vous avez bien fait de partir, de prendre ce méga risque. La police contrôle tout. Ils veulent vacciner tout le monde et beaucoup de gens ont peur de leurs vaccins et de leur contenu. Ils pistent les gens sur leurs portables à tel point qu’une résistance s’organise avec un mode de communication original dont je garde le secret bien évidemment. Il s’interrompt brutalement.
Mais dites moi, vous n’aviez pas comme projet de traverser l’atlantique?
Ben si!
Parce que moi, d’après vos données, vous êtes remontés vers la mer celtique, à moins que votre balise déconne.
Anna et moi étions soudainement figés, comme deux momies dans un morceau de glace.
Un grand silence pesant suspendit le temps.
Allo, vous êtes toujours là?
Oui Gwen, oui! la balise doit délirer elle aussi avec cet orage magnétique.
Le son de la BLU devint de moins en moins audible.
Allo Gwen, la com est pourrie. Merci à toi! Embrasse tout le monde de notre part et dis leur que tout va bien! A bientôt!

©Alan Mabden/Tous droits réservés/Samedi 06 Juin 2020/

PS : Pour ceux qui débarquent sur le navire en cours de voyage, voici le début du récit : https://pigrai.com/2020/05/01/reve-premonitoire-larguer-les-amarres-1-alan-mabden/

2 commentaires

    1. Merci Laurence. Ce qui est drôle, C’est que je ne connais pas la suite. Il va falloir que je l’invente 😉 . C’est tout le plaisir de l’écriture que tu connais bien. Bon week-end également. Alan

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