Rêve prémonitoire ? / larguer les amarres (2) / Alan Mabden

Face à face dans le carré, nos regards en disaient long sur l’importance de ce jour J. Nos mains se joignirent avec tendresse puis avec force pour nous dire que c’était le moment, une sorte de bras de fer entre le désir de liberté et la peur d’être pris. Dernière gorgée de café, thermos rempli à ras bord, quelques barres énergétiques dans les poches et une fois nos vestes de mer, harnais gonflables, bottes et gants enfilés, direction le pont, lampes frontales sur le front de la détermination. Je vérifiai une dernière fois les écoutes, les drisses puis je mis le moteur élec sur on. J’avais eu la bonne intuition il y a deux ans de relier à l’arbre d’hélice, en lieu et place du vieux diesel hors d’usage, ce nouveau moteur puissant pour les entrées et sorties de port, appuyer le bateau par courant contraire ou avancer sur mer calme en l’absence de vent. Quand il n’était pas en action, l’hélice pouvait recharger les batteries en complément des deux panneaux solaires et de la petite éolienne. En secours, la pile a combustible complétait ce système pour une autonomie quasi-totale, un impact environnemental très faible et un silence de fonctionnement très appréciable, voire primordial en ce matin décisif ou la plus grande discrétion était fondamentale pour la réussite de notre « évasion ». L’hélice tournait correctement et une fois qu’Anna eu largué la dernière aussière, la bouée s’éloigna puis disparue dans un brouillard à couper au couteau. Je revois ce moment en boucle, comme un ralenti dans ma mémoire. Ce simple geste de larguer une amarre, anecdotique en temps de loisir, devenait le symbole d’une clef qui ouvre une prison, vous offrant le chemin vers une liberté possible. Nous nous reliâmes à la ligne de survie du bateau et je donnais une légère impulsion au moteur. La carène caressa doucement l’eau salée pour un ultime adieu à son havre de paix. Nous avancions le cœur serré mais étions confiants avec une foi inébranlable sur la réussite de notre projet. Sans radar, nous naviguions au compas et à l’estime avec une parfaite connaissance des lieux acquise depuis l’enfance. Afin de ne pas être repérés, tous nos feux étaient éteints ainsi que nos moyens de communication ou de navigation connectée, nos portables planqués dans une boîte en fer dans le micro-ondes du bord. J’avais enlevé le réflecteur radars du hauban que je gardais dans un coffre pour d’autres jours. Seule restait allumé le précieux boîtier « mer- veille » qui ne déclenche son alarme qu’à la détection d’ondes émises par le radar d’un autre navire. La météo n’était pas idéale pour des marins, voire dangereuse, mais parfaite dans de telles circonstances pour ne pas être vus. Quelques miles plus loin, Anna pris la barre et mis le bateau face au vent. Je hissais la grand voile et la bordais. Une fois pris un cap, Spirit, tel un cheval ailé chevauchant les vagues, épousa l’air du large et pris son envol, déterminé face au défi…

A suivre …

©Alan Mabden, Dimanche 3 Mai 2020 / Tous droits de reproduction réservés / Blog Pigrai’s Flair

3 ème épisode : /https://pigrai.com/2020/05/08/reve-premonitoire-larguer-les-amarres-3-alan-mabden/

1er épisode / Larguer les amarres (1) : https://pigrai.com/2020/05/01/reve-premonitoire-larguer-les-amarres-1-alan-mabden/

2 commentaires

  1. Partir… par les temps qui courent c’est un rêve. 🙂
    J’ai bien aimé le récit de ces deux épisodes. De toute évidence tu maîtrises l’art de la navigation et celui de pousser la curiosité du lecteur. Je me demande vers où partent-ils…
    A suivre donc 🙂

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