Cinéma / JOKER sur les ailes d’un grand Phœnix

Ce film très puissant, qui repose pour l’essentiel sur la performance d’acteur de Joachin Phœnix, magistral dans ce film, aborde la psychologie d’un homme simple et gentil, Arthur Fleck, qui va de petit job en petit job en habit de clown. Dès les premières secondes du film , Joachin Phœnix nous embarque. Il habite intensément Arthur, malade au grand cœur, fragile, cible facile pour les insignifiants. De déboire en désespoir, abandonné par les autres, le système médical, l’administration, il va sombrer, passer de l’autre côté de la folie, celle qui est sombre, dangereuse, avec sa propre logique. Arthur devient le temps d’un film un héros pour la population des plus faibles, des laissés pour compte comme lui.

Ce film résonne fort aujourd’hui car nous sommes dans une période de tourments avec de grandes manifestations de rues dans de nombreuses capitales mondiales. Les masques de clowns que porte la population ne sont pas sans nous rappeler les anonymous. Le joker se défend de l’agression qui lui est faite. On se moque de lui , lui le gentil, le serviable, le bienveillant. La population, elle aussi, est fatiguée de ces polititiens et hommes de télévision manipulateurs qui abusent de son dévouement envers un système anti démocratique qui la renie et se moque d’elle. Le joker pète un cable, Il est fou pour le système mais il a sa logique car il est intelligent, il comprend le pourquoi, le comment. Il est le fusible qui fait tout exploser : le mensonge, l’abus de pouvoir, le harcellement, l’abandon, la moquerie facile, l’étiquetage.

Nous sommes dans un monde dangereux qui s’écroule dans sa décadence à l’image des dernières minutes du film. Nous sommes à deux doigts d’une révolution de grande ampleur. Il suffit d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres…

Joachin Phœnix

1974 Naissance à Porto Rico.
1985 Nominé au Prix du meilleur jeune acteur à 11 ans pour l’émission ABC afterschool specials.
2000 Crève l’écran dans Gladiator, de Ridley Scott.
2006 Après avoir frôlé l’oscar, il reçoit le Golden Globe du meilleur acteur pour son interprétation de Johnny Cash dans Walk the line.
2013 Nominé au Golden Globe du meilleur acteur pour The Master.

Entretien avec Laurent Rigoulet, Télérama

Publié le 04/03/2015. Mis à jour le 01/02/2018

Vous êtes vous-même un enfant des « sixties » et de la contre-culture, vos parents étaient des adeptes du « flower power » et vivaient en communauté. Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?
Mes parents avaient envie d’explorer le monde et nous avons énormément voyagé, aux Etats-Unis et en Amérique du Sud. Nous vivions de manière assez libre, nous avons longtemps habité sur la plage au Venezuela, nous jouions beaucoup de musique, ma soeur et mon frère aînés faisaient la manche pour nourrir la famille et je les accompagnais souvent. Partout où nous allions, les gens appréciaient notre compagnie. On a beaucoup parlé de notre famille, dans les années 80 [son frère, le comédien River, est devenu une star en 1986, avant de mourir d’une overdose sous ses yeux, en 1993, NDLR]. Les journalistes américains étaient très curieux de notre mode de vie, jugé « étrange », parce qu’il y a eu, pendant les années Reagan, un sérieux retour de bâton, une forte critique des idéaux hippies. Mais quand mes parents étaient jeunes, dans les années 60, leur choix de vie était assez ordinaire.

Qu’avez-vous retenu de leurs idéaux ?


Une grande considération pour les autres et pour le monde dans lequel nous vivons. Une réelle défiance vis-à-vis du matérialisme et de la consommation à tout prix. Avec mon frère River, nous avons commencé à décrocher des rôles alors que nous étions enfants, mais mes parents ne nous y poussaient pas. Au contraire. Ils voulaient avant tout que nous apprenions à être libres et que nous ne nous soumettions pas aux conventions. Que nous ne devenions pas, à tout prix, ce qu’on attendait de nous. Ils étaient ouverts à tout. Ils sont même devenus végétaliens parce que leurs enfants l’avaient voulu. Nous avions été pris de dégoût après avoir vu un pêcheur découper un poisson et nous ne voulions plus rien consommer d’origine animale. A l’époque, ça n’était pas trop dans l’air du temps. Et, pour une famille aussi pauvre que la nôtre, ça n’avait rien d’évident de composer ses repas sans lait, sans oeufs, sans fromage… Nous refusions aussi pas mal d’argent. Nous n’acceptions pas n’importe quel contrat. River le premier. Pas question de faire une publicité pour McDonald’s ou pour toute marque qui allait contre nos convictions. Nous nous coupions quand même de 70 % des revenus possibles !

10 commentaires

  1. Attention chef-d’œuvre, je l’ai vu pendant le confinement 3 fois de suite, Joachin Phœnix est grandiose, il m’a fait aimé le Joker très puissamment.
    J’ai découvert les Phœnix avec son frère River, malheureusement disparu, j’avais adoré Stand by me et My own private Idaho…j’étais secrètement un peu amoureuse de lui, mais chuttt 😉
    Bonne journée

    1. Tu as le droit d’être amoureuse en silence ;). Oui, Joachin grandiose! Souvent, comme le joker, les gens sensibles, timides et gentils sont utilisés ou abusés. Le réalisateur a su montré le cheminement vers sa révolte. Aujourd’hui, il y a plein de gens qui en ont marre de pas être respectés et ça devient explosif. Je prépare un article sur les vrais Peaky Blinders. C’est aussi l’histoire d’une révolte.

      1. Génial!!
        Suis impatiente, mais prends ton temps, tu feras les choses très bien
        J’ai confiance, ton blog est costaud, fouillé et très habité.
        à bientôt Alan

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