Portrait d’un génie / Alejandro Jodorowsky

À 90 ans, Alejandro Jodorowsky, le dernier des surréalistes, n’est pas seulement cinéaste, écrivain, metteur en scène de théâtre, scénariste de BD ou tireur de tarots,

Artiste protéiforme et iconoclaste, Jodorowsky aura passé sa vie à transgresser les règles de l’art pour trouver l’illumination. Ses expérimentations poétiques le mènent du théâtre d’avant-garde au cinéma underground et psychédélique, de la bande-dessinée de science-fiction à la cartomancie. Il croise sur sa route aussi bien les surréalistes, que Mœbius et le mime Marceau, Topor et Arrabal. Chacun de ses films est une expérience spirituelle et sensorielle unique : western baroque (El Topo), drame psychanalytique (Santa Sangre), SF métaphysique (La Montagne sacrée), fantasy utopique (Dune)… L’œuvre anticonformiste, fascinante et visuellement renversante d’un gourou-cinéaste.

Alejandro Jodorowsky est une star d’internet. Il dit qu’il a 10 millions de followers, entre autres 1million sur Twitter, où il donne des conseils de vie et de bon sens selon les préceptes d’une discipline qu’il a inventé et qu’il appelle « Psychomagie ».

Jodorowsky est l’incarnation unique de la liberté créative, de l’indifférence aux pouvoirs. Il a des fans inconnus et d’autres célèbres aussi comme le rappeur Kenny West qui a demandé il y a quelques années à le rencontrer.

Paradoxalement, il est surtout connu pour un film -extraordinaire par ses ambitions et sa distribution- qu’il n’a pourtant jamais pu réaliser et qu’il a réussi à transformer en une réussite totale en publiant un livre/ story board à ce sujet : Dune.

Biographie

 La Cinémathèque rend hommage à Alejandro Jodorowsky, ici chez lui à Paris le 1e octobre, jusqu’au 9 octobre.
La Cinémathèque rend hommage à Alejandro Jodorowsky, ici chez lui à Paris le 1e octobre, jusqu’au 9 octobre. LP/Olivier Corsan

Alejandro (ou Alexandro) Jodorowsky, dit Jodo, fils d’émigrants russes, est un artiste franco-chilien.

En 1953, il quitte le Chili pour Paris, et travaille avec le mime Marceau pour lequel il écrit « Le fabricant de masques ».

Jodorowsky fit une première incursion dans la bande dessinée en 1966 avec Anibal 5, une saga illustrée par Moro. En 1975, il rencontre Moebius. Ils signent ensemble leur premier album commun, « Les Yeux du chat » en 1978. Mais sa révélation aux yeux du monde se fit grâce à l’arrivée de son nouveau personnage : John Difool, lancé en 1981 avec Moebius (« L’incal – Une aventure de John Difool », 1981-2016). Les séries se succéderont avec d’autres dessinateur tels que Gimenez, Arno, Janjetov, Boucq…
C’est en 2008 que Jodorowsky créa la dernière partie du triptyque de « L’Incal », avec le premier tome de la série « Final Incal » dessinée par José Ladrönn. Il a été également le scénariste de la série du « Lama Blanc » ‘1988-2008) dessiné par George Bess.
Associé au dessinateur Juan Giménez, il produisit « La Caste des Méta-Barons » (1992-2014), vaste saga du même monde que L’Incal.
Son originalité, ainsi que la quantité de ses réalisations lui créent une certaine renommée en Europe. Il recevra en 1996 l’Alph’art à Angoulême, grâce à sa série « Juan Solo » (1995-2002) réalisée avec la collaboration de George Bess.

Alejandro Jodorowsky n’a signé que huit longs métrages en quarante-cinq ans, mais sa notoriété est immense dans le cercle des amateurs de bizarreries cinématographiques. En 1989, il réalise « Santa Sangre », qui demeure un des plus inoubliables récits de folie et d’obsession du cinéma contemporain.

Outre ses activités de cinéaste, Jodorowsky est un spécialiste incontesté du Tarot de Marseille. Son travail englobe de nombreuses conférences depuis les années 1980, et plusieurs ouvrages.

Source : jodorow.free.fr

Définitions par Jodo

Le Chili

C’est un légume qui pique, très piquant. il a une forme allongée, comme ça. C’est un pays qui est enfermé entre les montagnes, la Cordillère des Andes et l’Océan Pacifique. En fait c’est un pays complètement hors de la réalité mondiale. Et moi j’y ai vécu là avant l’arrivée de la télévision, donc on était vraiment enfermé, isolé. J’ai vécu ma jeunesse pendant la deuxième guerre mondiale. Le Chili c’était une fête, parce qu’on vendait le salpêtre pour faire la dynamite et le cuivre aussi. C’était un moment de joie pendant la guerre. On ne savait rien des camps de concentration. On vivait dans un petit paradis poétique. C’est mon souvenir du Chili.

Surréalisme

C’est le dernier pas dans l’art, dans la poésie, à partir duquel on saute vers le mysticisme. C’est juste le dernier pas, on sent que quelque chose existe qu’on ignore.
Le surréalisme a continué à être un art, qui n’est pas arrivé au fond de l’inconscient. Parce qu’au fond de l’inconscient, l’obscurité disparait, et on se trouve avec ce qu’on appelle le dieu intérieur. « The internal god ». Nous sommes une partie du tout. Chacun de nous est une partie du tout. Et en chaque partie il y a le tout complet.

Industrie du cinéma

L’unique finalité du cinéma industriel c’est l’argent. Il est contrôlé par la toute la puissance politique des Etats-Unis. C’est une publicité pour les Etats-Unis, n’est-ce pas ? Le super-pays. Cependant cette gloire est fausse. Tout cela pour faire beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent et plaire à tout le monde. Donc ce n’est pas un art, c’est une aspirine, c’est une capsule pour se relaxer une heure, deux heures, trois heures.

Dune

Ca c’est une formidable expérience. Dune, j’en ai fait un livre avec chaque dessin, chaque mouvement, tout. Là je me suis réalisé artistiquement à fond. Le film était fait, l’unique chose qui manquait c’était de le tourner. Donc, ça n’était pas un échec. C’est devenu une légende. Maintenant Dune est célèbre, c’est mon film le plus vu. Je reçois même beaucoup de propositions, des scripts pour le filmer sous forme d’animation etc, et j’ai dit non, ça va devenir une légende, il faut le laisser comme ça’est un film merveilleux, inconclu.

Succès

Quand on est un artiste c’est comme lorsqu ‘on fait un enfant. Si vous êtes mère vous ne faites pas un enfant pour qu’il triomphe, vous faites un enfant pour faire votre enfant le meilleur possible et l’aimer. C’est un sentiment qui vient de votre profondeur.
Bon, l’art c’est pareil. Ça sort du plus profond de nos entrailles, mais c’est ce qui est donné. Donc on s’en fiche du succès. Si on a le succès, on l’accepte. Il y a un dicton juif qui dit : si dieu te donne un gâteau que tu ne voulais pas, mange-le. C’est dieu qui te le donne.

Amour

L’Amour c’est l’essentiel du cosmos. La haine n’existe pas. La haine c’est le manque d’amour. Mais de quel amour est-ce que l’on parle ? L’amour c’est la vérité. C’est la vérité réelle de la vie. L’essence de la vie s’appelle l’amour. Et je l’appelle vérité, et j’ai dit qu’il n’y a pas de vérité sans beauté, et sans bonté. Vérité, bonté, beauté et spirituel :-ça c’est l’essence de l’amour.

Soigner

Soigner ? Ça veut dire donner au malade les moyens pour que lui-même puisse se guérir. On ne peut pas soigner l’autre. On peut l’aider à se soigner, et on peut donner les moyens, mais c’est lui qui doit obtenir sa guérison.
Le monde est malade ! Notre monde est malade donc tout le monde est malade.

Prochain rêve

Il y a un maitre zen qui est en train de mourir. On lui demande : Qu’est-ce qu’il y a après la vie, qu’est-ce c’est la mort ? Et il crie : je ne suis pas mort encore ! Alors je ne vous donne pas de réponse pour ça.

Souvenir

Les souvenirs sont bons quand ils restent à leur place. Mais quand les souvenirs détruisent le présent et le futur, c’est une maladie.

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