Rap / Kery James / A fleur de mots

Ses mots sont puissants et qu’on les aime ou pas, le talent est grand et sa poésie profonde. Ses textes sont forts et ne peuvent laisser indifférent. Ils abordent souvent les thématiques de l’unité, des banlieues, de l’islam. Plusieurs de ses œuvres réagissent aux attentats du 11 septembre, à la guerre en Irak et aux attentats du 15 novembre qui l’ont profondément bouleversé. Profondément affecté par la vague d’attentats sans précédent perpétrés dans le monde entier par des terroristes se réclamant de l’islam, Kery James a souhaité à travers la musique redonner à sa religion le visage qu’elle mérite, celui de la paix, de la fraternité et de la tolérance. Son second disque prend donc la forme d’une compilation réunissant des artistes de tous bords et de toutes confessions, mobilisés pour faire passer le message. Il exprime ses idées d’abord en chansons et plus récemment sur les planches du théâtre du Rond-Point avec sa première pièce A vif. Il reverse beaucoup de ses bénéfices à des associations, notamment Combattre et Vivre son handicap. 

https://youtu.be/elaWpuyh8rw

« Si c’était à refaire« 

Maintes fois repoussé, son premier album solo intitulé « Si c’était à refaire » sort en octobre 2001. Fortement influencé par les valeurs prônées par le Coran, ses textes n’ont plus rien à voir avec les brûlots provocateurs d’Ideal J. Kery James prend même à contre-pied le discours rap habituel et tous ses clichés en cassant les mythes de l’argent facile et de la violence. Le jeune « sauvageon » d’Orly a mûri et regrette ses erreurs passées. Ses chansons délivrent désormais des messages d’amour, de paix et de respect. Celui que les médias surnomment le « rappeur repenti » dénote dans le paysage rapologique français. « Si c’était à refaire » est très bien accueilli par le public et la critique et se devient même disque d’or (100.000 exemplaires vendus) en à peine quelques semaines. 

Attiré depuis quelque temps par la composition, Kery James a profité de l’occasion pour écrire lui-même la plupart des musiques de son album, en prenant bien soin de n’utiliser aucun instrument à vent ou à cordes, en respect d’un commandement religieux. Sur scène, le rappeur s’entoure d’un véritable orchestre acoustique (le James Band), chose rare dans le hip hop. Après être monté sur les planches du mythique Olympia à Paris en mars 2002, Kery clôt le plus grand rassemblent rap/r’n’b jamais organisé en France: Urban Peace au Stade de France le 21 septembre 2002. (En 2003, il rassemble chanteurs, sportifs et rappeurs, pour sa compilation Savoir et vivre ensemble (Une partie des bénéfices de ce projet est reversée pour la construction d’un centre culturel ouvert à tous, et dans lequel sera dispensé un enseignement religieux loin de tout extrémisme) avant de sortir son troisième album Ma vérité.

« Ma vérité »

Kery James s’éloigne donc de la religion et établit la symbiose parfaite entre la violence d’Ideal J et la sagesse de son premier album solo. Sans doute l’un de ses meilleurs disques. A l’écoute du disque, on se rend tout de suite compte que Kery a retrouvé sa verve d’autrefois. Les instruments acoustiques font place aux synthétiseurs et à de gros sons bien lourds.

« Je n’avais pas envie que l’on m’enferme dans la case du rappeur musulman qui est là pour prêcher »« Je ne suis pas toujours en boubou chez moi, assis en tailleur dans le noir. Je suis un artiste, je fais de la musique, j’ai des revendications sociales et j’ai aussi un regard critique sur le monde et la société ».

Il rebondit en 2008 avec A l’ombre du show-business, disque de platine grâce notamment au titre du même nom en duo avec Charles Aznavour.

https://youtu.be/pQsE6RqfNTw

En 2009, son concert au Zénith rassemble plusieurs célébrités et est un véritable succès. Il décide ensuite de quitter la France et le rap pendant trois ans.

Après le séisme qui frappe Haïti en janvier 2010, très touché par ce drame (il est d’origine haïtienne), il se mobilise pour aider les victimes. En février, il donne un concert au Bataclan et compose le simple « Désolé », interprété avec entre autres Youssou N’Dour, Diam’s, Tiken Jah Fakoly ou Souad Massi. Tous les bénéfices sont reversés à l’organisation Action contre la faim pour venir en aide aux sinistrés.

En 2012, à son retour, il publie le single Lettre à la République. En 2016, il sort deux titres très liés à l’actualité : Vivre ou mourir ensemble après les attentats de Paris et Racailles.

https://youtu.be/gp3XZDK7Lw4
https://youtu.be/kuCuDFz2pW0


En 2017, il s’essaie au théâtre en écrivant la pièce A vif où il donne la réplique à Yannik Landrein, sous la forme d’une discussion houleuse entre deux avocats. Là encore la situation dans les banlieues y est largement évoquée. A vif se joue au théâtre du Rond-Point.

https://youtu.be/L-OR7UGkCb0

Biographie / Enfance & Adolescence

Alix Mathurin, alias Kery James, est né en Guadeloupe le 28 décembre 1977 de parents d’origine haïtienne. Il passe les sept premières années de sa vie auprès de sa mère sur son île natale. Mais son père, qui nourrit de hautes ambitions pour ses enfants, décide de l’envoyer avec sa soeur en pension en France, afin qu’ils reçoivent une bonne éducation. Kery débarque donc en métropole en octobre 1985. Après quelque temps passé au pensionnat, sa mère, venue s’installer en France entre temps, réussit à les récupérer. Kery découvre alors son nouveau foyer : une pièce d’environ 30m² située dans un pavillon d’Orly, en banlieue parisienne. L’adaptation est difficile et l’adolescent se laisse rapidement entraîner par la rue ; c’est là qu’il découvre le rap.

A 11 ans, le jeune Kery se fait remarquer à la MJC d’Orly pour ses talents d’auteur, de danseur et de rappeur. Deux ans plus tard, il crée avec ses amis Harry et Teddy le groupe Ideal Junior, plus connu sous le nom d’Ideal J, baptisé ainsi en raison de leur jeune âge. Leur verve acerbe et provocante ne passe pas inaperçu dans le petit monde du rap français, et un producteur décide alors de les prendre sous son aile. En 1992, Ideal J sort ainsi son premier maxi intitulé « La vie est brutale », sur lequel Kery fait montre de ses talents de rappeur. 

La même année, DJ Medhi – figure aujourd’hui reconnue dans le milieu du rap et de l’électro – rejoint la formation; c’est lui qui compose désormais tous les instrumentaux du groupe. Mais en 1993, les rappeurs se brouillent avec leur producteur et la sortie de leur premier album se retrouve bloquée pendant trois ans. « Original MC sur une nouvelle mission » sort donc en 1996, mais c’est avec « Le combat continue » en 1998 que le groupe connaît la consécration.

Considéré par beaucoup comme l’un des groupes de rap les plus hardcore de l’époque, les textes incisifs d’Ideal J font couler beaucoup d’encre. Kery James se place en agitateur virulent, prônant la rébellion contre l’état français et flirtant parfois avec un certain extrémisme. Pris dans l’engrenage de la rue et de ses vices, le rappeur manque de peu de basculer du mauvais côté. Mais en 1999, l’assassinat tragique d’un de ses meilleurs amis lui fait l’effet d’un électrochoc: il réalise subitement qu’il aurait pu être à sa place… Kery James décide alors d’arrêter le rap et trouve refuge dans la religion….

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