Portrait / Ladj Ly

Réalisateur des Misérables, Grand prix du festival de Cannes 2019, Ladj Ly, 39 ans,naît le 3 janvier 1978, au Mali. Originaire de la cité des Bosquets, ce fils d’un éboueur et d’une mère au foyer grandit à Montfermeil, où il arrive à l’âge de trois ans. Il suit une première année de BEP électrotechnique et abandonne car ça ne l’intéresse pas.

Par la suite, il suit plusieurs formations et c’est celle de multimédia et vidéo qui lui permet de découvrir sa voie. Ensuite, il s’achète une caméra et commence à filmer tout ce qu’il se passe autour de lui. Quelques années plus tard, il fait partie de la société de production Kourtrajmé, aux côtés de Romain Gavras et de Kim Chapiron.

Dans les années qui suivent, il réalise de nombreux documentaires et courts-métrages où il filme le quotidien de la banlieue : 364 jours à Clichy-Montfermeil ; 28 Millimètres, Portrait d’une génération ; Go Fast Connexion. En 2014, il retrouve son pays natal pour tourner le documentaire : 365 jours au Mali.

Petit à petit le réalisateur se fait connaître et ses documentaires sont salués par les critiques. En 2018, il est doublement nominé aux César : À Voix Haute, dans la catégorie meilleur film documentaire et Les Misérables, pour le meilleur film de Court Métrage. Plus tard il rallonge Les Misérables pour en faire un long métrage et en avril 2019, le film fait partie des sélectionnés pour la Palme d’Or du Festival de Cannes 2019 ou il obtient finalement le prestigieux prix du jury.

Il y a déjà dix ans, Ladj Ly a crée une école de cinéma qui permet aux jeunes des quartiers difficiles d’avoir accès au monde très fermé du Septième art.

« J’ai toujours voulu travailler sur la banlieue. Il y a plein de choses à dire sur ce milieu, et j’aime autant que ce soit moi qui les dise, plutôt que de de regarder les bêtises que disent les autres. Le cinéma français d’aujourd’hui m’ennuie. Il faut faire de la place aux autres. Où sont les rebeus, où sont les blacks ? Pour un Omar Sy, dont le succès est un signe enthousiasmant pour nous tous, c’est le désert, surtout pour les « renois ».

Aux Bosquets, il devient « l’homme-caméra » : bien avant que l’explosion des téléphones portables et l’instagramisation de la vie quotidienne, lui ne se sépare jamais de sa caméra : « Je filmais tout », raconte-t-il. Très vite, il se met à faire du « copwatch », cette pratique qui consiste à filmer les interpellations policières pour, ensuite, en dénoncer les abus. En 2008, il immortalise une bavure. Diffusée sur internet, la vidéo fait scandale. Et, chose suffisamment rare pour être soulignée, les policiers incriminés sont condamnés.

Dix ans après, il en a fait une fiction, ce court métrage baptisé les Misérables, qui vient justement d’être nominé aux Césars. Son regard y est décapant : il met presque dans le même panier les flics, complètement dépassés, et les jeunes, prisonniers d’un système quasi mafieux de contrôle de la cité. « Je ne suis pas anti-flics, pas plus que ne suis anti-caillera. Je connais bien cet univers, et je le montre comme je l’ai connu ». Il l’avait déjà montré dans 365 jours à Montfermeil, saisissant documentaire de 25 minutes consacrées à la cité avant et après les meurtres de 2005 : « Il n’y a pas assez de films sur la banlieue, et ceux qui existent sont rarement authentiques ».

Pour pouvoir faire les siens, il a eu une chance : ses potes du centre de loisirs de Montfermeil. À la vingtaine, ils décident de créer ensemble une structure indépendante pour faire les films « qu’on veut, comme on veut ». Il la baptisent « Kourtrajmé», nom qui sonne aujourd’hui follement « années 2000 ». Les deux autres fondateurs viennent de milieux plus favorisés : Romain Gavras, est le fils de Costa Gavras et Kim Chapiron, celui de Kiki Picasso. Vincent Cassel et Mathieu Kassovitz – deux enfants de la balle, eux aussi – viennent donner un coup de main. Une belle collection de « fils de… » : exactement ceux dont Ladj considère qu’ils « confisquent » le cinéma français.

Va-t-il englober ses copains dans la même opprobre ? Il s’y refuse, publiquement en tous cas, domptant l’amertume possible pour laisser triompher la mythologie de la « bande de potes ». S’ils ne signent plus « Kourtrajmé », les fondateurs du collectif travaillent toujours ensemble. « On reste en contact, on s’aide ». Aujourd’hui, c’est lui, le prolo de la bande qui arrive à la consécration. Plus tard que les autres, qui tutoient le succès depuis déjà plusieurs années : « je n’ai pas explosé tout de suite, c’est vrai. Mais j’ai toujours travaillé ».

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